‹ La guerre sur le DanubeChapitre 15 sur 232 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

bitants des campagnes, dans un pays où les villes sont peu peuplées, éprouvait encore siir les frontières une certaine appréhension des incursions d'irréguliers ottomans, mais elle ne rêvait pas, elle n'avait jamais rêvé ni la guerre contre les Turcs, ni T extension du territoire dont elle s'était autrefois assuré la possession par les armes. Elle jouissait en paix de son autonomie, et la fameuse oppression sous laquelle gémissaient les Serbes, dans les feuilles anglaises et françaises, se bornait au faible tribut annuellement payé à la Porte, environ fr. 40 par tête d'habitant. Mais le tort des ministres de toutes ces petites autonomies orientales est de vouloir jouer un rôle et de croire que leur diplomatie saura tirer parti des antagonismes redoutables de grandes nations auprès desquelles leur pauvre pays n'est rien.

M. Ristich a pensé de bonne foi qu'il seserarait de . la Russie pour créer une grande Serbie, quitte à forcer ensuite cette puissance à respecter son indépendance nouvellement conquise. Cet homme d'État, dont les quaUtés brillantes n'ont pas été exagérées, aurait eu raison de caresser cette grande idée si les différentes races chrétiennes de la presqu'île des Balkans n'avaient pas été divisées entre elles par d'anciennes haines que la propagande russe avait eu soin d'entretenir, si ces diverses unités s'étaient tournées vers la Serbie comme vers une libératrice et avaient appelé de leurs vœux son entrée en scène; mais rien de pareil n'existait.

M. Ristich se plaisait à regarder au loin et tentait de faire de la grande politique ; il négligeait ses intérêts immédiats. C'était l'astrologue qui se laisse tomber dans un puits. On avait entendu le premier ministre de Serbie dire, après la déclaration de gueiTe de 1876, aux correspondants de journaux accoums à Belgrade : a La Serbie est le Piémont de la presqu'île des Balkans et la Russie, en supposant qu'elle soit amenée par un échec des Serbes à entrer en scène à son tour, ne tirera pas plus de fruits de sa victoire sur les Turcs que la France de son triomphe sur les Autrichiens en 1859. » On ne saurait croire combien l'exemple de Gavour a été fatal aux ministres des petits peuples orientaux.

Revenu de ses eiTeurs, à Tépoque où le prince Gortschakofl' lançait sa belliqueuse circulaire, M. Ristich avait fait de sages réflexions et voulait à son tour rester témoin des événements ou n'y prendre part qu'en toute sûreté, juste assez pour devenir partie prenante au règlemant final. L'idée d'un empire des Slaves du Sud guidait les hommes d'État serbes, une année plus tôt, quand ils déclaraient la guerre à l'empire ottoman. Ils comptaient alors sur l'insurrection des Bulgares, sur l'oubli des haines séculaires, sur le concours des Bosniaques, sur une prise d'armes de la Roumanie, Aujourd'hui, portant la peine de leurs ambitions trop clairement exprimées, ils oubliaient pour un temps les souvenirs de la grande Skouptchina de l'an 13A0 et la proclamation de Douchan comme empereur des Serbes,

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