CHAPITRE XIV
la l'« brigade d*artillerie montée et une forte partie de la 13® division de cavalerie (de Raden) avaient été engagés. Contraints de se reployer sur leur centre, les Russes se retirèrent au nord d'Iazlar, sur la rive droite du Kara-Lom. Ce cours d'eau se dirigeant vers l'ouest, au-dessus de la petite ville de Pop-Kieui, la ligne russe (aile droite du czarewitch) s'appuyait alors à droite sur Sultan-Kieui, traversait le Kara- Lom à Haidar-Kieui et se prolongeait, à gauche, dans la direction de Rasgrad jusqu'au delà de Sadina. Les pertes essuyées dans les trois journées d'Iazlar par le xni® corps s'élevaient à 650 honames, dont 350 dans le dernier combat. Les Turcs, attaqués à plusieurs reprises, sur leurs positions, ne comptaient que AOO tués ou blessés.
Méhémet-Ali eut connaissance, dès le lendemain de la bataille d'Iazlar, du rapport transmis par Suleiman pacha sur le combat livré aux Russes le 23 pour reconquérir la passe de Schipka. Le lieutenant de Méhémet-Ali, dont les troupes avaient montré le coufage le plus extraordinaire et conquis, comme nous le ven'ons au chapitre suivant, de très fortes positions, était en droit d'espérer, malgré les fautes commises, un sîiccès décisif pour le lendemain 24 août. Il s'exprimait ainsi : « Les fortifications n'ont pu être occupées aujourd'hui ; mais, comme les deux routes, qui conduisent de Gabrova aux positions gardées par les Russes et les fontaines qui leur fournissent l'eau, sont
en possession de nos troupes, ils ne sauraient longtemps résister ni m'échapper. Si, cette nuit, l'ennemi ne tente pas de fuir, demain, vers Taube, je recommencerai l'attaque et j'espère, avec l'aide de Dieu, l'écraser. » Cette assurance du bouillant commandant de l'armée du sud eut sans doute pour effet d'inspirer à Méhémet-Âli une confiance assez grande dans le résultat de l'entreprise hasardeuse du passage de vive force des Balkans. En effet, bien que renseigné sur la position de son lieutenant dès le 24, au lendemain de la victoire d'Iazlar, il n'essaya pas, en menaçant Tirnova, par une opération d'ensemble , de contraindre le général Radetzki ajourner vers lui une partie des forces qui eurent tant de peine à se maintenir, dans les Balkans, contre les attaques furieuses de Suleiman pacha.
On ne peut s'empêcher de remarquer que, si Méhémet-Ali, prévenu par Suleiman, avait pu, le 21, le 22 ou même le 23 août, prononcer une attaque en force sur les positions russes de la route de Tirnova à Osman-Bazar, la passe de Schipka aurait été ceitainement enlevée par Suleiman dans la soirée du 23. Nous veiTons plus loin que si les renforts d'infanterie envoyés, sur des chevaux de Cosaques, aux défenseurs de la passe de Schipka, par le général Radetzki, dans la soirée du 23, avaient tardé d'une heure, la grande route du Balkan serait inévitablement tombée aux mains du général ottoman. Ces renforts, le gêné-