CHAPITRE XIV
ral Radetzki n'aurait pu en disposer, s'il avait été menacé sur son flanc gauche par Méhémet, ou sur son flanc droit par Osman. Toutes leç forces libres ont été envoyées vers la passe pour prendre part à la bataille du 24 août. La 2« brigade de la 14* division n'est même arrivée ce jour-là qu'à neuf heures du matin. L'ensemble du viu'^ corps concourait à cette opération, et la route de Tirnova à Osman-Bazar était gardée par des détachements incapables de résister à une poussée des Ottomans.
Admettons que Radetzki ait dû , pour faire face à une attaque venant d'Osman-Bazar, laisser les forces russes de la passe de Schipka sans renforts : dès le 24 au matin, les débris de ces forces tombaient avec la passe entre les mains des Turcs. La partie du viif corps placée sous les ordres directs de Radetzki aurait été contrainte, eût-elle combattu victorieusement la veille contre Méhémet-Ali, de se mettre précipitamment en retraite, sous peine de capitulation ou de destruction totale. L'imprudente opération de Suleiman n'a pas réussi parce que Méhémet-Ali ne l'a pas fait précéder d'une attaquB sur le flanc gauche du centre russe. 11 est vrai que le serdar n'avait pas ordonné à Suleiman de se porter contre la passe de Schipka. Le commandant de l'armée du sud n'avait probablement pas prié son supérieur hiérarchique de l'aider dans son entreprise.
Quoi qu'il en soit, Méhémet-Ali, tout entier aux manœuvres qui devaient contraindre les Russes à
abandonner la ligne tourmentée du Lom pour se reporter en arrière sur les bords de la Jantra, avait fait tâter, dès le 27, par des détachements sortis de Routschouk et de Rasgrad, la droite de Tannée du czarewitch à Kadi-Kieui et son centre à Sadina. Il occupait en personne Samasuflar, où la plus grande partie de ses forces était campée. Ce village, sur le Sejtan-Déré, affluent de la Subanca, est situé à vingt kilomètres au nord-ouest d'Eski-Djuma. Les hauteurs de Sakar-Tépé, en face des positions russes de Sultan-Kieui, Pop- Kieui et Hadjar-Kieui, étaient fortement défendues par les Turcs. Plus au nord, de l'autre côté du Kara-Lom, le front ottoman, ployé vers Rasgrad, s'étendiit à quelques kilomètres du front de l'aile gauche russe, appuyée d'un côté à Karahasan-Kieui, de l'autre à Sadina. Nedjib pacha attaqua, le 30 août, à neuf heures du matin. Il prit successivement Kezil-Mourad et Sadina, puis se porta à Tassant des positions très solides de Karahasan-Kieui. Repoussé après un violent combat, il recommença son attaque, aidé par la brigade Sabit pacha, puis par six bataillons que Méhémet-Ali tira de la réserve. A sept heures du soir, la position était enlevée et les Russes, en fuite, avaient abandonné la rive droite du Lom, dont ils avaient lait sauter le pont. Les Russes, très inférieurs en nombre, avaient perdu cinq à six cents hommes, les Turcs quatre cents. Parmi les trophées de la journée, Méhémet-Ali comptait un millier de fusils.