‹ La guerre sur le DanubeChapitre 148 sur 232 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

grave responsabilité et méconnaître ses propres intérêts. Nous avons déjà montré que Suleiman pacha n'avait qu'un rôle à jouer : passer le Balkan par les cols libres et se joindre à Méhémet-Ali. S'il préférait agir de concert avec Osman pacha, il pouvait également déboucher sur le flanc droit des Russes et assurer leur perte. Très fier de ses succès relatifs au Monténégro et du rôle quasi providentiel qu'il venait déjouer en arrêtant la marche envahissante des Russes au sud des Balkans, Suleiman pacha crut qu'il enlèverait de haute lutte les positions de Schipka. Son énergie fut telle, qu'il faillit, en effet, racheter son imprudence et son manque de coup d'œil militaire par une victoire décisive , remportée dans d'aussi détestables conditions.

La passe était gardée, quand Suleiman pacha résolut de mettre à exécution son projet, par trois bataillons (régiment d'Orel), cinq bataillons de la légion bulgare et cinq sotnias de cosaques, avec vingt-deux pièces. Le général Radetzki, commandant du viii* corps, informé, le 20 août, de l'approche de Suleiman, dirigea vers la position, le 22, des renforts qui ne devaient arriver que successivement, à partir du lendemain, sur le lieu de l'action. Ils se composaient des 13% lâ% 15% 16*^ bataillons de chasseurs et de la 14® division d'infanterie (Dragomiroff), avec vingt-six pièces.

Suleiman pacha attaqua, dans la nuit du 20 au 21 août, le 4® bataillon bulgare, installé sur le versant

sud, entre le village de Schipka et le sommet de la passe, et le contraignit à se retirer. Le 21, dès sept heures du matin, les Turcs, arrivés en face des positions russes, défendues d'abord par le régiment d'Orel et les bataillons bulgares, plus tard par le régiment de Briansk, et armées, outre Tartillerie de campagne, des pièces d'acier précédemment prises aux défenseurs ottomans de la passe, établirent une batterie sur la hauteur du petit Bredek et se lancèrent à l'assaut avec une énergie, un courage, une constance qui ne se laissèrent arrêter par aucun obstacle. Repoussées sur un point, les trois brigades turques désignées pour cette opération se reformaient et tentaient d'enlever une autre position.

L'arrivée du régiment de Briansk, à onze heures et demie, rendait l'attaque de front impossible ; cependant, Suleiman pacha persévéra dans son entreprise jusqu'à la tombée de la nuit. Un combat acharné de quatorze heures avait épuisé ses troupes et diminué leur effectif. On ne viendrait à bout des Russes, le général ottoman dut s'en convaincre, qu'en tournant leurs batteries et en accablant les réserves par des feux de mousqueterie qui les prendraient en flanc et contre lesquels elles ne pourraient rien, dominées qu'elles seraient par les détachements turcs placés sur des positions dominantes. Habitué à la guerre de montagnes, Suleiman pacha se fortifia hâtivement, dans la nuit du 21 au 22, sur les emplacements dont les Russes

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