CHAPITRE XV
n'avaient pas tenté, malgré leur succès relatif, de le déloger. Il abrita ses troupes dans des tranchées blindées, évacua ses nombreux blessés sur Kasanlik, fractionna ses forces en trois colonnes chargées d'opérer Tune sur le centre, les deux autres sur les flancs des Russes, auxquels la nature du terrain ne permettait pas de s'étendi'e sur les ailes, et masqua, le 22, de nouveaux travaux d'artillerie, en couvrant les positions russes d'un feu de mousqueterie des plus intenses. Les Russes, occupés de leur côté à se mettre, par la pelle et la pioche, dans un meilleur état de défense, eurent beaucoup à souffrir de cette pluie de projectiles. Elle n'épargnait pas même leurs dernières réserves.
Suleiman pacha, dont toutes les dispositions étaient prises pour diriger un triple assaut contre les redoutes russes, ouvrit, dès l'aube du 23, le feu de dix-huit pièces, divisées en deux batteries couvertes. L'infanterie, soigneusement terrée, préparait son entrée en scène par une fusillade si nourrie, de front et de flanc, que les Russes durent, pour s'abriter, creuser de nouvelles tranchées obliques sous le feu de l'ennemi. La colonne turque de droite, de beaucoup la moins importante, se lança contre les positions de gauche des Russes, mais fut repoussée. Pendant que ce détachement entrait en action, la gauche ottomane tentait en grande force d'enlever le point le plus formidable de la ligne de défense, désigné sous le nom de
la Batterie d'acier. Quatre attaques échouèrent, mais les Russes s'aperçurent bientôt que leur flanc droit était tourné. Le détachement chargé de défendre leurs derrières menacés ne pouvait plus suffire à sa tâche. On envoya les renforts dont on disposait encore, pour maintenir à tout prix les tranchées et les batteries de la montagne du Nord. Cependant les Turcs, de plus en plus nombreux, dominèrent la route de Gabrova, en arrière de la position russe.
A deux heures, les emplacements et les batteries de droite des Moscovites étaient intenables, toutes les réserves étaient engagées, et les irréguliere turcs essayaient de s'installer au sommet des hauteurs, sur la ligne de retraite de l'ennemi. Une compagnie du régiment de Briansk, arrivée à quatre heures et demie, permit de tenir encore. Trois heures plus tard, les débris de la droite russe (détachement de la montagne du Nord) battaient en retraite sur le centre. Les Russes ne tenaient plus que dans les tranchées, d'où ils dirigeaient des feux de salve sur l'assaillant. L'instant psychologique était arrivé. Encore un effort, et les Turcs s'emparaient de la passe. Mais il y a des limites à la force humaine. On se battait depuis plus de quatorze heures, et les Ottomans comme les Russes étaient harassés de fatigue, mourants de soif, épuisés. Il y eut un instant de répit dans le combat. Quelques bataillons de renforts pouvaient seuls sauver le général Stolietofl*. Les Turcs occupaient solidement, sur les derrières