CHAPITRE XV
des Russes, la montagne boisée d'Alikri-Djebel. Un nouveau mouvement, auquel l'ennemi ne pouvait s'opposer, les installerait sur la seule ligne de retraite qui lui restât, s'il ne se hâtait de battre en retraite en abandonnant artillerie et matériel.
Ces renforté providentiels, précédés de tirailleurs montés en croupe des cosaques, se montrèrent juste àvtemps, sur les sentiers de la montagne, pour permettre aux Russes de garder les positions qu'ils auraient incontestablement quittées, quelques instants plus tard, à la tombée de la nuit. Les quatre bataillons de la brigade de chasseurs, commandés par le général Radetzki, qui prit immédiatement la direction des opérations, réussissent à s'installer, dans la soirée, en face de la position d'Alikri-Djebel, d'où les Turcs comptaient partir dès l'aube du 24, pour compléter, en admettant que les Russes n'eussent pas précédemment battu en retraite, leur mouvement général d'investissement de la passe. Si les Russes avaient résisté pendant la journée du 23 avec une vaillance extraordinaire, les Turcs avaient déployé un courage au moins égal. Ils allaient, le lendemain, multiplier leurs efforts et lutter avec l'énergie du désespoir ; mais l'instant propice était passé. Supposons la biigaçle de chasseurs arrivant deux heures plus tard, elle aurait rencontré en route les débris du détachement de Schipka. Ce contre-temps eût été la perte totale du vni« corps russe, l'installation de l'armée de Suleiman au nord des Balkans, sur des positions inex-
pugnables, et sa jonction avec l'armée de Méhémet-Ali, qui venait, le même jour, de battre la droite de l'armée du czarewitch à laslar.
Le général Radetzki avait pu disposer des forces que nous venons de voir entrer en ligne, parce que l'action combinée des trois armées ottondanes n'avait été vigoureusement conduite que par Suleiman. Le bouillant général avait attaqué le centre russe dans des conditions mauvaises. Ses conceptions furent critiquées par Osman pacha et Méhémet-Ali ; mais, étant admis le point d'action dont le choix dépendait de lui, il sut remplir son devoir militaire, tout son devoir. Les entreprises tentées à la même date par les forces d'Osman pacha et surtout de Méhémet-Ali, maître de ses mouvements, ont été paresseusement conduites. En ce qui concerne le général en chef, nous ^.vons vu, dans le chapitre précédent, qu'il lui eût été possible, tout en occupant l'aile droite de l'armée du czarewitch, de pousser un de ses corps d'Osman-Bazar sur Timova. Le général Stolietofî aurait ainsi vainement attendu, le 23, au sommet de la passe de Schipka, les renforts de Radetzki, et Suleiman ne se serait pas vu arracher les fruits de sa victoire partielle.
Les fautes de Suleiman pacha sont assez nombreuses pour qu'on ne le rende pas responsable de l'échec subi le 24 août. Ce qu'on peut, à juste titre, lui reprocher, c'est d'avoir perdu son temps du 15 au 20, au sud des Balkans, mal choisi son point d'attaque.