CHAPITRE III. 'sa
Grecs et Bulgares. Rentrer en grâce auprès du czar, au début de la guerre«russo-turque, attendre le moment opportun pour offrir son concours, plaider auprès des cabinets la théorie de l'équilibre des trois races serbe, bulgare et grecque, telle devait être désormais la politique de M. Ristich.
En Roumanie, la situation était tout autre. La race néo-latine de la rive gauche du Danube est patiente, policée, intelligente, bien supérieure aux races slaves de la rive droite du fleuve. C'est l'avant-garde de l'Occident. Le cabinet Bratiano, composé des anciens chefs du parti révolutionnaire, voulait faire grand. Il poursuivait depuis longtemps une campagne nationale et cherchait les combinaisons qui pourraient amener, dans un avenir plus ou moins rapproché, le groupement en un État puissant des diverses épaves de la race néo-latine. Les 1,800,000 Roumains d'Autriche- Hongrie (Transylvanie, Bukovine, Banat de Temeswar), les 900,000 Roumains de Russie, les colonies valaques de la rive droite du Danube, ne pouvaient-ils un jour constituer avec les cinq millions de Roumains indépendants une nation de dix millions d'hommes capable de résister à la pression slave et maîtresse des deux rives du fleuve ou tout au moins de ses embouchures? Telle est la question que se posaient les hommes d'État roumains. Leur ambition était légitime ; mais, si la nation roumaine, et, sous cette désignation, il ne faut comprendre que l'aristocratie
(l'argent et d'intelligence, le peuple des campagnes n'étant pas encore à la hauteur des institutions dont le cabinet Bratiano est le représentant, si les corps électifs se trouvaient d'accord sur le but à poursuivre, il s'en fallait beaucoup qu'ils s'entendissent sur les moyens à mettre en usage pour l'atteindre. Par sa situation géographique, par les différences de race et de langue, la Roumanie protégée par l'ombre du traité de 1856, assez forte pour être un appoint sérieux dans la balance des événements, se trouvait dans une telle situation d'indépendance morale, que des hommes éminents ont soutenu, au début du conflit oriental, que le maintien de la paix dépendait d'elle. Croire, d'après les notes redondantes et exagérées de M. Cogolniceano, ministre des affaires étrangères de la principauté, que la Turquie gênait le moins du monde la Roumanie dans son développement, attacher une importance quelconque aux récits d'agressions commises d'une rive à l'autre du Danube par les irréguliers turcs, supposer que le gouvernement princier n'agissait pas en toutes circonstances dans toute la plénitude de ses droits, serait se payer de mots.
On pourrait facilement prouver que, depuis la signature du traité d'Andrinople en 1829, la Turquie ne s'est jamais immiscée dans l'administration des principautés alors séparées de Valachie et de Moldavie. 11 est même à remarquer que l'occupation militaire ottomane, quand elle s'est produite, n'a pas amené la