CHAPITRE III
cessation des pouvoirs des autorités locales, tandis que les' Russes se sont toujours emparés de l'administration, en temps d'occupation armée. Les musulmans n'avaient pas le droit de résider en Roumanie, et le tribut annuel, ne se montant pas à un million de francs, était payé à Routschouk au commissaire de la Porte qui, de cette façon, ne mettait pas le pied sur le territoire roumain. L'autonomie de la Roumanie garantie par les puissances, sous la suzeraineté de la Porte, n'était pas un vain mot, et le Danube constituait la plus efficace des frontières entre le suzerain qui avait tenu tous ses engagements et le vassal libre d'agir ^ sa guise et de se développer dans la plénitude de ses droits. Historiquement, ce que les Moldo-Valaques avaient toujours souhaité, c'était l'abolition, consacrée^ par le traité de 1856, du protectorat russe. M. Eugène Poujade s'exprimait ainsi dans un article publié dans la Revue des Deux Mondes^ peu après le traité de Paris : « J'étais sur les lieux dans ce moment si grave pour les provinces danubiennes, et j'ai été frappé de l'unanimité des vœux des Roumains. Ah,! disaient-ils, si la Moldo-Valachie était un État dont la neutralité eût été garantie par l'Europe, au lieu d'être placée sous la protection d'une seule grande puissance, l'empereur Nicolas n'aurait pas fait passer le Pruth à ses soldats. » L'union des principautés désirée par la Russie, comme affaiblissement de la Porte , a été consentie par l'Europe dans l'espoir que la Rou-
manie, alliée delà Turquie, pourrait un jour combiner avec elle un système de défense contre Tétemel perturbateur de rOrient.
Comment un grand parti en est-il arrivé à méconnaître cette situation, à se tourner contre la seule puissance qui ne menaçait pas son autonomie et ne rêvait pas des annexions impossibles? Gomment, au contraire, en est-elle venue à mobiliser son aimée au profit de la Russie qui, victorieuse, ne pouvait s'étendre qu'en reculant vers l'Occident sa frontière de Bessarabie? C'est qu'à chaque commotion orientale, les rêveurs de tous les pays danubiens s'imaginent que le cataclysme déchaîné balayera tout et qu'il n'y aura plus de replâtrages. Tant que les races autrefois opprimées par la Porte n'auront pas atteint ce qu'elles considèrent comme le plein de leur développement, elles laisseront tout faire dans le sens de la guerre, et ne feront rien dans le sens de la paix. La guerre pour des hommes d'État comme MM. Bratiano * ou Rossetti, c'est le fatum^ le jeu, l'histoire refaite, un changement dans la destinée. Les petits États ont l'égoïsme des petits esprits. L'Europe bouleversée n'est rien pour eux auprès de la satisfaction déjouer un rôle et de risquer de grandir.
La i^oumanie pouvait donc s'allier à la Turquie ou garder la plus stricte des neutralités, en subissant la contrainte, ou encore prendre fait et cause pour la Russie ; elle a choisi ce dernier parti. On a écrit que si