‹ La guerre sur le DanubeChapitre 169 sur 232 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

crête, le superbe régiment de Revel, en colonnes de compagnie, au pas gymnastique. Il descendit au fond du ravin dans un ordre parfait, traversa le ruisseau et s'éleva sur la pente de la redoute, réussissant, par son exemple, à entraîner les fractions les moins atteintes des régiments de Soudzal et de Vladimir. Arrivés à micôte, ces braves gens durent s'arrêter, après avoir subi des pertes énormes. Peu à peu, en quelques minutes, ce solide ensemble se désagrégea. Officiers et soldats redescendirent vers le ruisseau, en un point où, couchés pêle-mêle, ils échappaient quelque peu à la formidable mousqueterie des Turcs. Ceux-ci, animés par ces succès, excités par le grand exemple que leur donnaient de vieux officiers, debout hors des tranchées, les laissant tirer à couvert, et leur indiquant les distances, reprenaient courage, poussaient des cris de victoire, rétablissaient leurs chaînes rampantes de tirailleurs.

C'est alors que Skobeleff se montra homme de résolution. Il n'avait pas commis la faute ordinaire et lancé vers la mort des fractions insuffisantes, il avait cru réussir du premier coup en engageant des forces relativement considérables sur l'aile gauche ottomane; quand il s'aperçut qu'il s'était trompé, il comprit, en bon général, que relever les troupes désagrégées réunies au fond du ravin, sous le feu de l'ennemi, et les remplacer par d'autres, en nombre forcément inférieur, ce serait enlever aux premières un reste d'é-

nergie, démoraliser les secondes qu'on engagerait sans réserves, el augmenter la force de résistance des Turcs. Si, d'un autre côté, il renonçait à l'attaque en se bornant à déployer le reste de son monde pour sauver les régiments engagés, il changeait l'échec général en désastre. A cette heure, en effet, comme nous aurons l'occasion de l'expliquer, le iv corps venait d'être repoussé dans son attaque centrale, et le feu des redoutes entre Radischevoet Plevna était dirigé de flanc sur son vaillant et malheureux corps d'armée.

Il rêva," avec l'entrain qui le caractérise, de rétablir la bataille en entraînant ses forces débandées, à l'aide de tous les renforts dont il pouvait disposer, et de conduire lui-môme cette dernière colonne d'assaut. 11 amena donc les renforts, composés de douze compagnies fraîches de Lîebau, et des 11* et 12* bataillons de chasseurs, à hauteur de sa première ligne refoulée, et entraînant avec eux dans un élan suprême les débris des bataillons engagés, gravit enfin la pente et chassa les Turcs d'une première ligne de tranchées. Encore un effort, un dernier effort tenté par une foule ivre de èang, et la redoute n® 1 fut conquise avec un canon que les Turcs n'avaient pas eu le temps d'enlever. Plus de 4,000 hommes s'entassèrent dans cette redoute, pêle-mêle, occupant aussi les tranchées abris et les fossés. C'est après ce triomphe que Skobeleff comprit l'admirable prévoyance du général turc, auquel il

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