CHAPITRE XVI
devait dire plus tard : « Vous méritez bien votre titre de ghazi ou victorieux. » Non seulement la redoute n° 1 était exposée aux feux de la redoute n® '2, reliée à la première par des tranchées avec chemins peipendiculaires encore occupés, à 100 mètres par Ténnemi, mais aussi sa gorge ouverte se trouvait directement, à environ 1,300 mètres de distance, soùs le feu de la grande redoute de Krischin. L'artillerie de celle-ci se mit à tirer avec une fréquence extrême sur l'ouvrage conquis. « Chaque projectile tombant dans l'intérieur, a dit le général Skobeleff, au milieu des masses qui occupaient la redoute frappait une douzaine d'hommes et démoralisait les survivants. »
A la nouvelle de l'échec subi, Osman pacha fit immédiatement appuyer une colonne au sud de la redoute de Krischin, prenant ainsi en flanc les communications de la redoute n* 1. La redoute n° 2, située à l'est, sur le même plateau, se trouvait coupée, vers l'ouest, des corps tmxs agissant près de Krischin, mais elle continuait à tirer sur la redoute n* 1. Le prince Imeretinsky, connaissant la position critique de son lieutenant et le parti qu'on pouvait tirer, par une nouvelle attaque énergique, des positions déjà conquises, dirigea trois compagnies de Liebau et les groupes reconstitués du reste delà colonne vers la redoute n» 2 qui, attaquée de deux côtés par la redoute n^ 1 et le détachement frais, fut prise à son tour par les Russes.
L'objectif tracé au général Skobeleff était .atteint, la
nuit était venue, sombre, pluvieuse. Des fuyards ralliés avaient encore renforcé les effectifs ; les redoutes conquises étaient solidement gardées, mais dans quelle terrible position se trouvaient ces héroïques détachements. Touniés sur leui's deux flancs par les vallons, sans communications directes avec le iv* coips opérant à leur droite, loin delà deuxième crête où se trouvaient leur artillerie et leurs derniers soutiens, écrasés sous un feu concentrique d'artillerie et de mousqueterie, les bataillons de Skobeleff, ou plutôt les groupes d'hommes, obéissant pêle-mêle à son énergique inspiration, passèrent une nuit terrible sous une tiraillerie constante. Dix fois Skobeleff put croire qu'il allait être coupé de ses renforts. Il avait auprès de lui, comme ressource extrême, 60 cosaques qu'il se proposait de sacrifier, si besoin était, pour maintenir ses communications. Les redoutes elles-mêmes furent attaquées pendant la nuit. Les hommes, exténués, creusaient le sol avec leui-s mains, à défaut d'outils, pour se terrer sur les lignes extérieures. A six heures du matiu, l'action meurtrière de l'artillerie turque de la redoute de Krischin recommença. Elle fut bientôt appuyée par une attaque d'infanterie.
Que s'était-il passé au centre et à droite, pendant que le général Skobeleff conquérait les montagnes vertes et les redoutes voisines de la route de Lovca? Le général Kryloff, commandant du iv« coi-ps, chargé d'enlever, entre le ravin de la Tutchenitsa et la route de