‹ La guerre sur le DanubeChapitre 171 sur 232 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Plevna à Routschouk, la redoute principale du sud-est, non loindeRadischevo, avait échoué dans deux assauts consécutifs, auxquels avaient pris part six bataillons d'abord, douze ensuite. Les pertes subies étaient si considérables, qu'un nouvel effort ne pouvait être exigé des troupes. A l'aile droite, les Russes du ix® corps et les Roumains, après avoir subi une série d'échecs sanglants, avaient réussi, vers la tombée de la nuit, à s'emparer de la redoute de Grivitza, de cinq canons Krupp et de deux drapeaux. Le régiment russe prince d'Orange et le bataillon roumain de Botochani s'étaient installés dans cet ouvrage. Le prince Charles de Roumanie pouvait dire avec vérité dans son ordre du jour : « C'est la première grande bataille à laquelle, depuis "des siècles, l'armée roumaine ait participé; notre jeune armée y a reçu son premier baptême glorieux. »

De ce côté encore, la conquête de Grivitza mit en lumière la science de l'adversaire. En effet, l'ouvrage ne fut pas plutôt occupé, qu'on s'aperçut qu'il était dominé à courte distance (420 mètres) par une redoute d'égale importance , reliée elle-même par des tranchées couvertes à un camp retranché, placé à moins de 1,500 mètres en arrière. Les pertes subies pendant la nuit par les défenseui-s de l'ouvrage enlevé par l'aile droite, indiquèrent qu'on n'avait remporté de ce côté qu'un succès purement négatif, au moins dans l'hypothèse d'une nouvelle attaque immédiate

contre Plevna. Le spectacle présenté par la redoute de Grivitza, à Taube du 12 septembre, était terrible. Des blessés entassés, sans eau et sans secoure médicaux, râlaient. Il était impossible de les évacuer, tant le terrain avoisinant était battu par les feux de mousqueterie des Turcs. Chaque fois que les défenseurs sortaient de leurs abris, ils étaient foudroyés * . L'état-major russe ne pouvait songer à de nouvelles attaques contre les redoutes non entamées. On se trouvait en face d'un système de défense si complet, que persévérer eût été s'exposer à une perte certaine. L'empereur Alexandre, auquel le grand-duc Nicolas avait dit le matin du 11, à ce que l'on rapporte : « C'est ici le Sedan des Turcs, » ne cachait pas son désappointement. Il était écœuré de cette effroyable boucherie. Les coi'ps étaient désorganisés, les réserves décimées, les meilleurs officiei's hors de combat. A quelles résolutions allait-on s'arrêtei* pour la journée du 12? Elles sont tout entières contenues dans l'ordre suivant, adressé par le chef d'état-major de l'année russo-roumaine, général Zotoff au prince Imeretinsky : « Par ordre du commandant en chef, je vous prescris, ainsi qu'au général Skobelelf, de vous fortifier et de vous maintenir jiisqu à nouvel ordre dans les positions que vous occupez actuellement. N'attendez pas de

1. L'auteur invoque ici le témoignage du colonel Wellesley, attache militaire anglais, qui visita la redoute le 13 septembre.

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