‹ La guerre sur le DanubeChapitre 174 sur 232 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Les Russes gardaient, il est vrai, après les engagements si meurtriers des 11 et 12 septembre, la redoute de Grivitza, occupée par les Roumains. Cet avantage était-il compensé par les pertes journalières que subissaient les défenseurs de l'ouvrage? Un assaut tenté le 18 par les Roumains contre la redoute Hafiz-Bey, et dans lequel ils déployèrent cependant un grand courage, échoua complètement et leur coûta plus de 400 hommes.

L'état-major russe, rassuré par Tissue des tentatives précédemment faites, soit contre son centre par Suleiman pacha, soit contre son aile gauche par Méhémet-Ali, avait voulu brusquer les choses en s'emparant de haute lutte du camp retranché de Plevna. Il avait subi le plus grave des échecs et perdu Télite de ses troupes; mais à moins d'événements immédiats non prévus, il n'était pas en péril. L'occupation de la Bulgarie d'entre Vid et Lom, ne pouvait plus être mise en question. Les divisions russes s'étaient usées dans une série de batailles sanglantes, mais elles n'étaient pas menacées comme trois semaines plus tôt sur les ailes en même temps que sur le centre, et prêtes, en cas de défaite de l'une des armées, à repasser le Danube. L'heure critique, nous l'avons suffisamment montré, était déjà loin. Ni Méhémet-Ali ni Suleiman n'avaient su saisir l'occasion unique de frapper l'ennemi au moment utile, quand les Turcs, concentrés sur trois points, avaient encore la supério-

rite numérique sur un adversaire dont les forces étaient disséminées à la suite des mauvaises dispositions prises au début de la guerre et des premiers échecs subis. Les renforts arrivaient maintenant aux Russes, dont les lignes, soit sur le Lom, soit dans les Balkans, soit aux abords de Plevna, étaient fortifiées et désormais à l'abri d'une surprise des Turcs. Cette supériorité des Russes sur les Turcs allait s'accentuer encore par le retard même apporté à la suite des opérations. Le grand-duc Nicolas venait, enfin, après les sanglantes défaites des 11 et 12 septembre, de se ranger aux avis qui lui avaient été précédemment donnés dans son entourage. Décidé à employer contre Plevna les seuls moyens rationnels, l'investissement et le blocus, il appelait à l'armée de l'ouest le vieux général Totleben comme ad lattis du prince Charles de Roumanie. La grande victoire d'Osman pacha n'aurait eu des conséquences graves que si le général turc avait disposé de forces suffisantes pour prendre à son tour l'ofiensive le 14 ou le 15 septembre, et contraindre l'armée russe à la retraite.

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