CHAPITRE XVII
Nous ne saurions mieux faire, pour expliquer la pensée du général Totleben, que de citer le passage suivant de la lettre qu'il adressa de Brestowetz, le 18 janvier, au général Brialmont : « A mon arrivée sous Plevna, au mois de septembre, nos troupes et les troupes roumaines occupaient à Test et au nord-est de Plevna des positions fortifiées par quelques tranchées et batteries ; T infanterie assiégeante occupait à peine un tiers de la ligne de circonvallation de Plevna, et la plus grande partie des environs ne pouvait être observée que par la cavalerie.
(( Les Turcs consei^vaient leurs communications avec Sophia et Rahova, sur la rive gauche du Vid, et dans la direction de Lovca, sur la rive droite. Après avoir procédé aux reconnaissances nécessaires, j'ai trouvé les positions turques imprenables de vive force. Cependant, en me mettant dans la position du défenseur, j'aurais été à sa place très inquiet pour la gorge de Plevna et pour les communications.
a Je demandai alors pour l'investissement de la place des renforts (trois divisions de la garde impériale). Toutes les positions de la rive droite du Vid furent immédiatement occupées par l'infanterie et fortifiées; les batteries reçurent un champ de 100 à 120 degrés, pour pouvoir concentrer et envoyer dans les redoutes ennemies des salves de soixante coups de canon. Les tranchées furent renforcées par des lunettes et des redoutes, et sur toute la ligne on commença à
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s'approcher dès retranchements turcs, au moyen d'approches et de logements. »
Quant au rôle joué par l'artillerie pendant la guerre russo-turque, question fort controversée dans les livres et revues militaires, le commandant de l'armée de l'ouest l'a défini en des termes qui grandissent singulièrement la mission d'une infanterie apte à se couvrir. Le savant ingénieur classe au nombre des facteurs à l'avantage des Turcs « un feu foudroyant et ravageant de mousqueterie qui n'avait jamais été produit jusqu'ici par aucune armée européenne.)) S'il s'agit du canon dont Totleben savait si mei'veilleusement se servir, il ajoute : « Les salves de nos batteries concentrées à l'improviste, tantôt sur une redoute, tantôt sur une autre, paraissaient dans les premiers temps produire une grande impression morale sur l'ennemi, mais bientôt elles ne parvenaient qu'à arrêter les travaux pendant le jour.
« L'ennemi ne tarda pas à prendi'e ses mesures ; les garnisons des redoutes furent retirées et placées dans des tranchées, à une certaine distance de ces ouvrages; les fossés profonds et étroits furent seuls occupés par les Turcs. Il va sans dire que contre les tranchées et les fossés notre artillerie se trouvait impuissante, — Quant aux réseiTes, elles étaient cachées dans les plis du terrain, ou éloignées à des distances hors de la portée de notre artillerie. En conséquence, l'artillerie n'a joué à Plevna qu'un rôle assez secondaire. )>