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CHAPITRE XVII

Osman pacha auquel ne pouvaient échapper les mouvements de l'adversaire, les nouvelles concentrations, les tentatives contre ses lignes de communication et de ravitaillement, s'était hâté, de son côté, d'appeler des renforts et de prescrire la mise en bon état de défense des points déjà fortifiés de la route de Plevna à Sofia. Il avait devant lui le temps nécessaire pour prendre de nouvelles dispositions, avant que l'armée de l'Ouest définitivement réorganisée pût opérer sur ses derrières en grandes masses. Il sut en profiter pour se couvrir encore, se ravitailler, reconstituer ses effectifs et ses parcs de munitions. Pourquoi le défenseur de Plevna ne se décida-t-il pas à quitter cette ville quand la route de Sophia et des Balkans était encore libre? Subissait-il à son insu la dangereuse fascination qu'exerce un camp retranché, un refuge presque imprenable, sur les hommes de guerre les mieux trempés? Incapable de prendre TofTensive par suite de sa faiblesse numérique, même après avoir détruit vingt mille de ses adversaires en deux jours, car l'état-major russe, maître de ses lignes intérieures, pouvait porter inmiédiatement des renforts empruntés aux autres armées, sur son aile droite menacée, Osman pacha ne devinait-il pas que l'heure de la retraite avait sonné? L'instant n'était-il pas venu de changer d'objectif en réservant pour une lutte suprême sur d'autres positions faciles à trouver et à défendre, ces admirables bataillons ottomans qui venaient d'immobiliser pendant

trois mois l'armée russe et de détruire plus de 40,000 hommes, sans s'être laissés entamer?

Le-défenseur dePlevna ne s'est pas fait d'illusions, il n'a pas obéi à la pensée fatale de s'éterniser derrière sa ligne de redoutes. Très au courant de la situation, maître de lui-même, habitué à prendre les résolutions les plus énergiques, Osman pacha se décida à battre en retraite, au moment précis où les divisions de la garde entrèrent en scène, mais sa volonté se heurta aux ordres formels de Gonstantinople lui prescrivant de rester dans Plevna et d'y subir, s'il le fallait, l'investissement. C'est alore qu'on le vit, général obéissant, non seulement accepter la ligne de conduite qui lui était imposée, mais se dévouer avec une ardeur nouvelle à sa mission, multiplier ses travaux de défense, animer ses troupes du feu qui le dévorait, établir sur les flancs des coteaux de Plevna, les merveilleuses embûches au milieu desquelles l'armée russo-roumaine, malgré son énorme effectif, eût été une quatrième fois écrasée si, contre l'avis de Totleben, un nouvel assaut avait été tenté. « On proposa l'assaut comme le seul moyen d'en finir avec Plevna, a dit Totleben ; mais je m'y opposai avec toute l'énergie inspirée par mes con\îctions. » Un coup de force était le seul atout qui restai dans les mains d'Osman pacha. Il comptait sur ce sourire du sort, sur cette dernière fortune. Rien de plus curieux que les confidences faites par Osman à son vainqueur, après la prise de Plevna.

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