CHAPITRE XVIII
Ganetzky en cas de besoin. D'autres détachements s'apprêtaient à marcher.
Le 10 décembre, à sept heures et demie du matin, les Turcs, protégés par leur artillerie, placée sur les hauteurs en arrière des têtes de ponts, se déployèrent avec un entrain extrême et attaquèrent sans retard les positions occupées par la 3* division de grenadiers. Des chaînes de tirailleurs suivies de leurs soutiens, entre les intervalles desquels courait F artillerie légère, et de fortes compagnies en colonne, paixoururent en quarante minutes les trois kilomètres qui les séparaient des ouvrages, sans cesser un instant de tirer. Ils enlevèrent les redoutes et massacrèrent les défenseurs. Six canons tombèrent entre les mains des Turcs. Les troupes russes du centre durent battre en retraite sur les ailes, après avoir perdu deux autres pièces. L'arrivée des renforts russes avant celle des rései'ves turques changea bientôt la face de la bataille. Prises en flanc et en tête, les troupes qui venaient de conquérir les i-edoutes eurent bientôt à soutenir une série d'assauts dont J' issue ne pouvait que leur être défavorable. Les grenadiers de la garde parvinrent à reprendre les ouvrages. Les Turcs plièrent et se mirent en retraite lentement d'abord, précipitamment ensuite, quand les nouvelles leur arrivèrent, du côté, des ponts du Vid. L'artillerie russe s'était rapprochée et tirait à mitraille sur l'infanterie ennemie débandée.
Dès le matin, un grand nombre de redoutes, no-
tamment celles du sud, avaient été évacuées par les Turcs et occupées par les Russes. Pendant la retraite de Tannée de Plevna, les ouvrages protégeant le vallon de la Grivitza, près de son embouchure, furent enlevés sans gi'ande perte.
Toute résistance était impossible. Osman pacha, blessé, avait fait tout ce que commandaient le devoir et rhonneur; il consentit à se rendre, par l'entremise de Tefvik pacha, son chef d'état-major. Les détails de cette capitulation sont poignants. Le défenseur de Plevna, l'homme qui avait tenu tête à l'armée nisse pendant cinq mois, toujours favorisé par la fortune, le général dont la science, la modestie, l'héroïsme venaient d'éclairer d'un rayon si clair et si pur le coucher de la puissance turque, était étendu sur un banc, la jambe enveloppée de bandages, dans une pauvre maison de garde, près du pont du Vid. Ses généraux, parmi lesquels on remarquait le vieil Adil pacha, un robuste vétéran des anciennes guerres, et Tefvik pacha, l'homme des procédés modernes, celui qui, dit-on, dessina les plans de défense de Plevna, se tenaient auprès de leur chef, quand le général russe Stroukoff, puis le général Ganetzky, commandant du secteur, vinrent conférer avec lui de la i-eddition, qui devait s'opérer sans conditions. « Les jours ne se ressemblent pas, dit Osman à son médecin, après avoir entendu le vœu formulé, au nom du grand-duc Nicolas, par le premier de ces hommes de guerre ; les joui's ne se res-