CHAPITRE XVIII
Si, dans mon ordre du jour, je leur avais ordonné de marcher une heure plus tôt, ils auraient pu me secourir à temps, et il est fort possible qu'avec l'aide de Dieu j'aurais pu passer, vu que, si je ne me trompe, le général Ganetsky croyait que je cherchais à faire une trouée par la route de Sophia. Je me serais jeté sur la route de Widdin, et ma tentative ne se serait pas terminée d'une manière si désastreuse pour moi. w
L'état-major russe, à partir de son échec des 11 et 12 septembre, avait librement disposé de toutes les ressources que lui envoyait la Russie, en faveur de l'armée de l'ouest. Il avait pu préparer en paix l'investissement de Plevna. En effet, dans cette période si critique pour l'empire turc, qui s'écoule entre le 15 septembre et le 10 décembre, les armées ottomanes du quadrilatère et des Balkans n'ont jamais sérieusement menacé les Russes dans la possession des lignes qu'ils avaient conquises. A dater de l'offensive générale du 23 août, qui mit si fort en péril les ai'mées de Radetzki et du czarewitch, les efforts partiels des commandants turcs n'ont plus aucune signification. Il semble que le seul but poursuivi par eux soit de manifester leur présence à quelques kilomètres de la zone des occupations russes. Aucune pensée dirigeante, point de plan d'ensemble, point ide tentatives héroïques : on fait la petite guerre, comme si chaque heure écoulée n'apportait pas aux Moscovites des renforts et n'enlevait pas aux Turcs leurs dernières chances.
36i LA GUERRE SUR LE DANUBE.
Par une fatalité persistante, le successeur de Méhémet-Ali dans le commandement de la grande et belle armée du quadrilatère, après l'échec de Gerkovna et la retraite sur les positions du début de la guerre, ne semble pas avoir conscience de l'importance de son nouveau rôle. Suleiman pacha, le hardi soldat du Monténégro, l'homme qui a conduit avec tant d'acharnement et de persistance la guerre dans les Balkans, devient tout à coup, sur la ligne du Lom, un temporisateur. Abd-ul- Kérim, Méhémet, Suleiman, auront successivement occupé ces positions, appuyés sur des forteresses, libres de toutes leurs communications, sans oser aventurer, dans une grande entreprise, la seule armée qui fût réellement maltresse de ses mouvements. L'inaction de Suleiman pacha était d'autant plus inexplicable, qu'en dehors dé ses garnisons il commandait une armée bien organisée, supérieure en nombre à l'armée du czarewitch. Celui-ci, pour garder une ligne très étendue, n'avait en effet, sous ses ordres qu'un peu moins de 90,000 hommes (huit divisions d'infanterie et quatre de cavalerie), commandées par les chefs des xi% XII® et xm® corps.
La série des escarmouches livrées sur le Lom, particulièrement aux environs de Routschôuk, pendant le mois d'octobre et la première partie du mois de novembre, ne fournit aucune indication sur les plans ultérieurs de Suleiman pacha. Il est incontestable cependant qu'une des divisions envoyées devant Plevna