CHAPITRE XVIII
par r état-major russe, et sans laquelle Gourko n'aurait probablement pas réussi dans son entreprise générale contre Gorni-Dubnik et Teliche, devait rejoindre l'armée du czai'ewitch. L'inaction de Suleiman pacha a seule permis de détourner ce renfort de sa destination première.
Parmi les combats peu importants engagés sur la ligne du Lom, entre les routes Routschouk-Rasgrad et Routschouk-Biela, combats qui n'eurent lieu qu'à la suite de reconnaissances offensives des Russes ou des Turcs, et dont les résultats tactiques sont peu appréciables, il convient de citer la démonstration générale du 24 octobre. Le czarewitch la dirigea en personne. Inquiets de ne jamais apercevoir, dans les escarmouches journalières, que des forces très inférieures, les Russes se portaient par un mouvement d'ensemble contre la droite de Suleiman, sur un front de plus de quarante kilomètres, du Danube, près de Pirgos, à gauche, au terrain situé entre les deux Loms, d'Ogarcin à Kostanca, à droite. Il était difficile de croire que le général en chef ottoman ne méditait pas quelque entreprise sur les communications des
Russes.
La reconnaissance offensive du 24 octobre n'éclaira point le czarewitch. En effet, le gros des forces ennemies ne se montra pas. La droite turque était assez solidement gardée pour laisser supposer que les réserves se tenaient à sa portée. La clef de la position
turque, Kadikieui, entre le Lom et la route de Routschouk, ne fut pas enlevée par les Russes, qui regagnèrent leurs positions du matin, après avoir perdu environ 400 hommes. La famille impériale de Russie allait prendre le deuil. En effet, le prince Serge Maximilianowitch Romanowsky, duc de Leuchtenberg, avait été tué net d'une balle au front, par un tirailleur turc embusqué, au moment où la chaîne russe dont ce jeune homme plein de fougue et d'ardeur s'était un instant approché, venait de cesser le feu, à deux mille mètres des avancées ottomanes. Le prince, très aimé des soldats et qui promettait de devenir un bon et vigoureux général, n'avait que vingt-huit ans.
Le 2 novembre, le colonel Nafiz'bey opère une reconnaissance générale sur Elena, à l'extrême aile droite des Russes. Sabit pacha livre à son tour des combats heureux au centre de la position, le 8 novembre, vers Polomarca, et, le 14, à Solenik, où les avant -postes russes sont très vigoureusement ramenés. Une attaque plus importante devait être dirigée, le 29, par Salim pacha et Dilaver pacha contre la gauche de l'armée du czarewitch, fortifiée le long du Danube de Pirgos à Mecka. Quelques-uns des ouvrages russes furent enlevés par l'infanterie turque. Elle se borna à détruire les casemates et les approvisionnements de l'ennemi. Le village de Pirgos fut incendié. Les Russes avaient perdu plus de trois cents hommes. Cependant, le séraskiérat pressait Suleiman de prendre l'offensive,