CHAPITRE XVIII
Les Turcs se mirent en retraite quand de nouveaux bataillons russes tirés de la rései've entrèrent ^n scène. Ils laissaient un millier d'hommes sur le champ de bataille. Les- pertes des Russes n'étaient pas inférieures à 1,100 tués et blessés. La bataille du 26 novembre, entre Assaf pacha et le xir corps russe, prouve que 1- armée du quadrilatère, bien manœuvrée et concentrée rapidement sur Tune des ailes russes, pouvait encore forcer les lignes de communication de l'armée du czarewitch, si longues et dont les trois tronçons n'étaient qu'imparfaitement reliés entre eux.
Un autre fait d'armes dont les conséquences auraient été terribles pour les Russes si Suleiman avait su tirer parti de ses avantages, allait prouver leur vulnérabilité au pied même des Balkans. Le à décembre, les Turcs attaquèrent Marian , position d'extrême gauche de l'armée des Balkans, à neuf kilomètres à Test d'Elena. Timova n'est séparée de cette première ville que par une étape. Marian était défendue par 10 compagnies (31* régiment d'infanterie), 3 escadrons (13* dragons) et 4 canons sous les ordres du colonel Lermantof . Les brigades Rechib pacha et Moustapha-Remzi bey marchèrent contre le centre et le flanc gauche de la position, soutenus par une batterie de 12 pièces. L'attaque bien conduite, pendant qu'une troisième brigade turque, commandée par Hadji-Hussein pacha, tournait l'ennemi, força les Russes, après une résistance désespérée, à se mettre
en rétraite. Le combat se rétablit, grâce- à l'arrivée de deux bataillons de renfort avec deux canons ; mais, serré sur ses flancs, un instant coupé de ses communications par la cavalerie turque, le détachement fut contraint de se replier sur Elena. Les détachements des positions environnantes se concentrèrent également sur ce point.
Toutes ces forces, ainsi que celles formant la garnison fixe d'Elena, s'installèrent sur les campements fortifiés par deux lignes de tranchées et des épaulements au sommet des hauteurs de gauche et de droite ; mais de nouvelles colonnes turques, continuant leur mouvement enveloppant, apparurent sur les montagnes au nord d'Eléna, enfilant les défenses et la ligne de retraite des Russes. Les Ottomans pénétrèrent en ville
à trois heures, sur les derrières de la position; La retraite des Russes fut désastreuse. Elle s'opéra, sous un feu terrible, vers lacovitza, où les débris des détachements écrasés se rallièrent et se couvrirent d'abris en terre. Les pertes des Russes s'élevaient à 2,000 hommes, dont 55 officiers. Onze canons, vingt caissons et trois cents prisonniers, dont un colonel, étaient tombés aux mains des Turcs. Les deux principales routes de Tirnova s'ouvraient, sans défense, à Suleiman pacha. « Au delà du défilé de lacovitza, a dit le prince Sviatopolsk-Mirski, la route était entièrement libre jusqu'à Tirnova. L'ennemi aurait pu y entrer la nuit même. »