ORIGINE ET CAUSES DU CONFLIT
Si le cadre de cet ouvrage comportait une étude approfondie des empiétements successifs des czais et des intrigues de la diplomatie moscovite, en Orient, depuis la paix de Garlowitz, en 1699, qui fit d'Azow une ville russe, depuis le traité d'alliance signé en 1711 par le prince de Moldavie Démétrius Cantemir avec Pien'e le Grand; s'il nous était donné d'écrire l'histoire des agissements de la Porte Ottomane, depuis qu'elle a cessé d'être conquérante, et de chercher les raisons de sa décadence, nous n'aurions pas de peine à déduire les causes premières de la guerre turcorusse de 1877. Nous démontrerions que la Russie a toujours considéré ses conquêtes comme des étapes et qu'elle est la seule nation au monde qui n'ait point
elle-même fixé des bornes à ses désirs en s' arrêtant à des frontières naturelles. Nous suivrions pas à pas, dans leur incessante propagande, ces diplomates, ces popes, ces soldats qui disent à TOccident : « Nous sommes la civilisation, » à l'Orient : « Nous sommes le christianisme, » aux despotes de TAsie centrale : « Nous sommes l'autocratie. » Nous expliquerions par des motifs tirés de leur religion même pourquoi les Turcs, après avoir conquis, n'ont pas su nationaliser, et comment la tolérance de l'islam envers les autres religions, au début de la conquête, a perpétué les guerres intestines et favorisé le prosélytisme gréco-latin.
Il faut nous en tenir aux causes immédiates de la guerre dont le traité de Berlin n'est que l' avant-dernier chapitre.
Le traité de paix signé à Paris, le 30 mars 1856, stipulait dans son article 7 que la Sublime Porte était admise à participer aux avantages du droit public et du concert européen. La Turquie, dont les représentants avaient siégé au Congrès, entrait de plain-pied dans la grande famille des nations civilisées. Les plénipotentiaires, après avoir pris acte, dans l'article 9, du fîrman octroyé par le sultan à ses sujets, sans distinction de religion ni de race, déclaraient, en outre, que la communication bénévole de ce document ne donnerait, dans aucun cas, le droit aux puissances contractantes de s'immiscer soit collectivement, soit séparément, dans les rapports du sultan avec ses sujets, ni