CHAPITRE PREMIER
dans Tadministration intérieure de son empila. La situation nouvelle faite à la Turquie par les puissances qui s'engageaient solennellement à respecter son indépendance et son intégrité temtoriale, lui créait de grands devoirs. Maîtresse chez elle, grâce à la générosité de l'Europe, il lui fallait prouvçr qu'elle était digne de l'être, doter l'empire d'une administration sage et réparatrice, travailler à amalgamer, sous l'égide d'un bon gouvernement, les différentes races dont sont peuplées ses provinces, et surtout rendre impossible le retour des insurrections et des scènes de massacre dont les puissances s'étaient tant de fois émues. L'œuvre était difficile, mais elle n'eût pas été au-dessus du génie des deux hommes d'État émin-ents qui dirigèrent les affaires ottomanes à partir de 1856, Fuad pacha et Ali pacha, si la diplomatie russe, reprenant au lendemain de la signature du traité de Paris son œuvre de dissolution, n'avait réussi à faire adopter dans les conseils du sultan la politique de bascule entre les éléments grec et bulgare. De grandes choses ont cependant été entreprises, et la civilisation occidentale a pénétré en Turquie avec les chemins de fer. Ces progrès matériels ont été accomplis avec une louable activité, et si de sages réformes, consistant en un système équitable de Ubertés civiles et municipales, une meilleure distiibution de la justice et une exacte répartition de l'impôt, avaient été établies, la Porte aurait facilement répondu aux espérances de l'Europe.
Malheureusement, comme on vient de le voir, les deux races bulgare et grecque, autrefois unies, ne marchaient plus d'accord, grâce aux intrigues des agents russes. La Porte ne craignit pas de favoriser Tune au détriment de Tautre, dans le sens de la politique moscovite, ajournant les réformes et se contentant d'opposer des chrétiens à des chrétiens.
Les puissances occidentales heureuses, en signant le traité de Paris, d'avoir tranché ou tout au moins ajourné pour longtemps le problème oriental, satisfaites de ne plus intervenir dans les affaires de l'empire turc, commirent la faute de se désintéresser de l'Orient et de traiter la Sublime Porte en gouvernement absolument-majeur. Au lieu de veiller attentivement à la mise en pratique des réformes promises, au Ueu d'exiger du sultan des garanties sérieuses, elles se bornèrent à donner quelques conseils qui ne furent pas écoutés. Cette abstention devait fatalement entraîner une diminution d'influence. C'est ainsi que la diplomatie occidentale ne sut ni comprendre, ni surveiller les agissements de la Russie. Celle-ci, voyant l'Occident remué par de graves commotions perdre de vue la Turquie, reprenait peu à peu la politique traditionnelle d'affaiblissement de l'empire ottoman, cette politique qui avait successivement provoqué les soulèvements de là Morée, la guerre de 1828, les insurrections bulgare et serbe, la guerre de 1854. Favorisée par les guerres européennes de 1859, 1866 et 1870, la diplomatie