‹ La guerre sur le DanubeChapitre 211 sur 232 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

possible dans de pareilles conditions. Le général qui aurait commandé 150,000 Turcs, appuyé aux places du quadrilatère, n'eût-il eu sous ses ordres, pour agir, en dehors des détachements nécessaires à la surveillance de ses lignes^ que 80,000 hommes, se serait présenté quand il aurait voulu sur un point quelconque du cercle de l'occupation russe avec une supériorité numérique écrasante. L'hiver 1877-1878 aurait coûté des pertes énonnes aux Russes, et qui sait ce que leur aurait réservé le printemps? En assiégeant Constantinople, ne forçait-on pas la main à l'AngleteiTe? On n'envisage même pas ici cette hypothèse : un grand général à la tête de l'armée du quadrilatère. Un fait considérable domine cette guerre. Les militaires devront l'avoir toujours présent à l'esprit. L'état-major russe ne s'est emparé d'aucune des places fortes reliées entre elles sur son flanc gauche.

On a vu que peu après la prise de Gorai-Dubnik et de Teliche, sur la route de PlevnaàSophia, par Orkanié, victoire qui complétait l'investissement de Plevna, les Russes s'étaient emparés de Teteven, au pied du Balkan, à quarante-huit kilomètres au sud de Teliche, sur le flanc gauche de la ligne de communication, et de Vratza, sur la rive gauche de l'Isker, à quarante-deux kilomètres au nord-ouest d' Orkanié. Ces deux positions une fois occupées, aucune entreprise de débloquement de Plevna n'était plus possible. En effet, un corps turc marchant d'Orkanié sur Teliche se serait heurté sur

cette route à des forces considérables retranchées sur des ouvrages, tourné à l'avance sur son flanc gauche par le détachement moscovite de Vratza et sur ses derrières par celui de Teteven. Quand l'évacuation volontaire de Dolni-Dubnik par Osman pacha, l'établissement de la ligne d'investissement de l'ouest, contre laquelle nous avons vu échouer le défenseur de Plevna et l'inertie de Suleiman pacha sur le Lom, eurent convaincu l'étatmajor russe de la solidité de ses défenses et de l'impossibilité pour Osman de forcer le cercle de fer dont il était entouré et de marcher sur les derrières de l'armée d'avant-garde commandée par le général Gourko, cet homme de guerre fut autorisé à se diriger vers Orkanié.

On voulait ainsi désorganiser au plus tôt l'armée de Sophia, confiée d'abord à Chefket pacha, puis à Méhémet-Ali, et surtout les détachements d'Orkanié, de Pravetz et d'Étropol, positions au nord du Balkan et techniquement fortifiées par le divisionnaire Chakir pacha. En agissant avec promptitude, on empêcherait les Turcs, dont les dernières forces levées entraient en action, de grouper les petites garnisons et de s'installer sur une série d'ouvrages passagers qui pourraient devenir avec le temps de nouveaux Plevna. L'hiver menaçait d'ailleurs d'être fort rigoureux; il importait d'assurer d'avance des débouchés à l'armée, que la chute prochaine de Plevna allait rendre libre.

On tâta d'abord les Turcs, autant pour reconnaître le terrain que pour tromper l'ennemi sur les véritables

Page 1