‹ La guerre sur le DanubeChapitre 213 sur 232 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

En même temps qu'il s'emparait de Pravetz et prescrivait au général de Klodt sa malheureuse reconnaissance sur Orkanié, le général Gourko ordonnait au général Dandeville de s'emparer d'Étropol. La petite armée dont disposait celui-ci se composait du détachement du prince d'Oldenbourg (5 bataillons, 3 escadrons, 6 canons), d'un second groupe sous ses ordres directs (4 bataillons, 3 escadrons, 1 compagnie de sapeurs), et d'une réserve d'un régiment de cavalerie. Le prince d'Oldenbourg remonta le vallon du petit Isker, et ayant réussi, au prix de laborieux efforts, à hisser deux pièces sur une hauteur, engagea une canonnade avec les Turcs. La colonne Dandeville essaya de prendre vue sur la position par les hauteurs de droite, mais sans y réussir. Le 23, à quatre heures du matin, on s'empara par surprise d'un petit ouvrage, et, le 2â, on parvint à placer des pièces, après une nuit de travail, sur une hauteur en arrière d'Étropol.

Mustapha pacha, quoique maître de ses principaux ouvrages et sûr d'y tenir autant qu'il le voudrait contre des forces aussi restreintes, prit peur. 11 craignit d'être coupé et fait prisonnier. Ayant opéré sa retraite et livré Étropol aux Russes, il se fit encore enlever, dans la journée du 25, trois canons et un long convoi de munitions. A la suite de ce fait d'armes, le général Gourko pouvait écrire avec raison, dans son rapport du 26 : tt Grâce à Dieu, l'entrée des Balkans est ouverte. » Les conséquences de la prise d'Étropol étaient im-

menses. Un chemin de montagne conduit, en effet, d'Étropol à Slatitza, au sud des Balkans, en une journée de marche. Cette ville est en conamunication directe avec Tatar-Bazardjik et Karlovo. D'autres chemins se dirigent sur la route de Sophia et tournent Orkanié.

La démoralisation était grande parmi les troupes de toute provenance qu'on se hâtait d'envoyer à Méhémet-Ali : bataillons de mustatsfiz, nizams fatigués par cinq mois de campagne, cavalerie circassienne et syriaque, compagnies battues à Pravetz et à Étropol. Cependant le général en chef, excellent organisateur, réussit à faire un tout assez homogène de ces éléments disparates, et, comme les plu3 mauvais contingents avaient été renvoyés à Sophia, il fut bientôt en mesure de résister à l'assaut général des Russes. Ceux-ci, contraints d'attaquer les positions formidables en arrière d'Orkanié, car ils ne pouvaient, par Étropol et son défilé, se heurter à Slatitza, au sud des Balkans, en laissant Méhémet-Ali maître de la route de Sophia et des débouchés en arrière, allaient en effet rencontrer une puissante résistance et perdre un temps précieux dans une série d'actions assez confuses.

Cette campagne prouve encore une fois la supériorité des Turcs dans une guerre de montagnes dès qu'ils sont bien commandés et suffisamment concentrés* D'Orkanié à l'entrée de la route des hauteurs, il y a quatre kilomètres. De ce point, situé près de Vracesi, la route se dirigeant vers le sud-est, à travers l'Étropol-

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