CHAPITRE XIX
Les colonnes tournantes ne couraient qu'un risque : être arrêtées par les dilTîcultés matérielles et les tempêtes de neige. Quant aux détachements restés sur leurs positions en présence de forces turques considérables, ils avaient la certitude de se maintenir assez longtemps, en cas d'attaque générale, pour permettre au général Gourko d'achever son hardi mouvement. Le 25 décembre, les troupes se mirent en route. La grande colonne ne se concentra à Tchouriak que le 30 décembre; elle avait mis six jours pour parcourir dix-sept kilomètres Jl avait fallu, en gravissant la montée, atteler une compagnie d'infanterie à chaque pièce. A la descente, on fut contraint d'attacher les canons avec des cordes enroulées autour des troncs d'arbres. Les souffrances des soldats, qui faillirent périr tous dans un coup de chasse-neige le 28 décembre, furent effroyables. « Ce n'est pas ici, a dit le général Gourko, que l'on peut décrire toutes les fatigues, les privations et les dures épreuves que les troupes ont eu à subir pendant ces journées, qui resteront glorieuses pour l'armée russe. Je dirai seulement qu'elles ont été terribles, et que les troupes les ont supportées avec une patience et une fermeté héroïques. »
Le détachement Veliaminoff parvint à franchir le Balkan et se réunit à la colonne principale ; mais le corps Dandeville, parti d'Étropol, fut presque enseveli sous une tourmente de neige. Il fut obligé, après cinq jours de supplice, de battre en retraite sur son
a9S LA GUERRE SUR LE DANUBE.
point (le départ. Il avait laissé demère lui près de neuf cents hommes gelés ^
Les troupes russes, concentrées dès lors au sud des Balkans, commencèrent, sans désemparer, leur mouvement d^investissement de la principale concentration ottomane. Les événements se précipitèrent. Battus à Taschkissen, les 30 et 31 décembre, coupés deSophia, les Turcs de la vallée de la Komarka furent contraints d'abandonner leurs positions de l'Étropol-Balkan. Ils réussirent pourtant à battre en retraite dans la nuit du 1^' ja nvier . L'armée de Chakir pacha avait perdu en tués, blessés et prisonniers plus de 1,500 hommes. Elle se dirigea, le l*"" janvier, sur Petricevo, pour essayer de gagner Tatar-Bazardjik et Philippopoli parOtilukkieui. La brigade Baker pacha * soutint vaillamment son rôle d'arrière-garde. Les Turcs parcouinirent promptement les quarante kilomètres qui séparaient leurs positions de Petricevo.
Le 2 janvier, le commandant en chef de l'armée de poursuite, le lieutenant général Kataley, et le commandant de la 3* division d'infanterie de la garde, général Philosophof, furent tués dans un combat dont l'issue, favorable aux Russes, forçales Turcs abattre en retraite de nuit sur Ottlukkieui,à vingt-deux kilomètres au sud-est de Petricevo. La poui'suite des Russes s'ar-
1. Ce chiffre est celui des soldais morts et estropiés par suite de membres gelés.