‹ La guerre sur le DanubeChapitre 224 sur 232 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

combat. Le grand-duc Nicolas y transféra son quartier général dès le 26 janvier. En même temps, la cavalerie, rayonnant dans toutes les directions, s'emparait de Demotika, au sud d'Andrinople, et atteignait avant la fin du mois Lulé-Bourgas et Tchorlu, sur la route de Gonstantinople. De tous les points, les colonnes se mettaient en mouvement vers la capitale. Cette marche offensive se poursuivit après la signature de Tannistice. L'armée moscovite ne devait s'arrêter qu'en vue de Gonstantinople, dont Méhémet-Ali venait de mettre les fortifications en état de défense.

L'invasion russe descendant torrentueuse du haut des cols neigeux du Balkan vers la plaine d'Andrinople aux vertes prairies, aux sombres bosquets de cyprès, dominée de si haut par la mosquée de Selim II dont le dôme immense flanqué de quatre minarets à trois galeries semble baiTer l'horizon^ avait été le si- ^al des plus lamentables calamités. La guerre y déchaîna ses horreurs, et l'insurrection ses crimes : pillage, meurtre, viol, incendie. L'horrible faim des disettes indiennes, qui tue les nouveau-nés sur le sein tari des mères, le froid sombre de la Bérésina ou d'Héricourt, le typhus de la Dobroutcha leur servaient d'auxiliaires. Jamais les flots de la Maritsa, jaunes comme ceux du Tibre, ne roulèrent autant de cadavres de soldats défigurés, de femmes enveloppées de leur voile comme d'un linceul, de petits enfants nus. Et cependant l'heureuse contrée, toujours couverte d'un

manteau de verdure, a vu les Goths écraser les légions de l'empereur Valens et le maréchal Diebitch, à la tête des débris de Tarmée russe, dicter à Mohamed II la paix de 1829.

La marche des longues colonnes d'infanterie vers Constantinople, les reconnaissances des Cosaques dans toutes les directions, les coui-ses à travers la campagne de bandes bulgares se livrant aux plus effroyables excès, assouvissant sur les familles turques privées de leurs chefs les haines accumulées de vingt générations, avaient semé l'effroi parmi les vaincus. La RouméUe devenait une arène de belluaires. Un cri suivi de funèbres gémissements s'était élevé du sein des populations musulmanes. Terrifiées, affolées au spectacle de tant d'horreure, elles fuyaient en masses serrées devant les détachements moscovites, après avoir entassé dans les lourds chariots aux essieux de bois ce qu'elles avaient de plus précieux, guidées la nuit par de lointaines fumées d'incendie. Des convois immenses, l'un d'eux capturé par la cavalerie russe comptait plus de 20,000 voitures, encombraient les défilés des montagnes et les rues des villes, se hâtaient vers la capitale, couvraient de cadavres de femmes et d'enfants morts de froid les routes delà conquête. D'autres caravanes coupées dans leurs lignes de retraite, gagnaient les gorges sauvages, escaladaient les gradins du Rhodope, sans vivres, sans espoir de trouver un abri contre les tourmentes

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