CHAPITRE XX
de neige des hauts plateaux. Bourgas, Aïdos, Rodosto, Tchorlu voyaient s'entasser dans leurs murs ces miisérâbles que les autorités ottomanes, aidées par les colonies européennes, se trouvaient impuissantes à secourir. MM. Daubigné et Fawcet, consuls de France et d'Angleterre, ont certifié dans des documents signés de tous les membres du comité de secours des réfugiés que, de Tchorlu à Constantinople, sur un convoi de 8,000 femmes et enfants transportés par le chemin de fer, 200 sont morts pendant ce court trajet. Leurs corps étaient jetés par les fenêtres des wagons dans la neige. Le comité écrivait le 24 janvier : « La détresse des réfugiés à Constantinople est épouvantable ; plus de 180,000 habitants des provinces de Tempire, de toutes les races et de toutes les religions, sont arrivés dans la capitale pendant les dix derniers jours, et il en arrive tous les jours des milliers ; la plupart sont sans abri, insuffisamment vêtus, en présence d'un hiver rigoureux; tous sont affamés; les mosquées, les églises, les casernes, les écoles, les caravensérails en sont remplis. Le sultan leur a abandonné plusieurs de ses palais; les personnes riches en ont recueilli dans leurs maisons, mais les moyens de les noumr font complètement défaut. » La campagne était encore couverte de neige et tous les cours d'eau roulaient des glaçons. L'armée nisse, quoique habituée à la rude température des steppes, souffrait cruellement aussi. Sur les chemins, on rencontrait, près des bivouacs abandonnés, des cada-
414 LA GUERRE SOt^ LE DANUBE.
vres d'hommes et de chevaux que se disputaient les chiens sauvages et les corbeaux. Plus de 20,000 malades furent évacués en moins de quinze jours sur les hôpitaux provisoires*.
Le prince Tcherkasky, que nous avons vu au début de la campagne s'installer à Ploiesti avec une troupe zélée d'employés russes de tous les services et de jeunes Bulgares élevés depuis longtemps dans les collèges spéciaux institués par le gouvernement^ moscovite à Odessa et à Nikolaïef, avait suivi les corps d'armée victorieux. Considéré comme le législateur de la future principauté bulgare, il déployait une activité fébrile pour organiser de toutes pièces une administration à la mode misse. La police, ce rouage indispensable, fonctionna la première. Les anciens sandjaks turcs furent changés en goubernies et la Russie poussa l'amabilité envers le souverain futur d'un État encore à naître jusqu'à instituer à l'avance les cadres moscovites de l'armée princière.
Dès le lendemain de la chute de Plevna, la Porte,
à laquelle l'Angleterre avait antérieurement promis
1. On a publié récemment une statistique, de laquelle il résulte, rait que les Russes ont perdu près de 500,000 hommes dans le cours de la guerre de 1877, en comptant tous les hommes morts du feu de l'ennemi ou dans les hôpitaux. Ces données sont évidemment exagérées. La guerre sur le Danube nous fournit à elle seule un chiffre de pertes, soigneusement établi de 188,000 hommes, dont 135,000 sur le champ de bataille ou dans les ambulances, et 53,000 décédés dans les hôpitaux russes des suites de leurs blessures. Les pertes subies en Asie ne nous sont pas encore exactement connues.