CHAPITRE IV
l'armée russe du Danube dans son développement progressif. L'histoire de ces formations successives ne suffit-elle pas à expliquer les retards dans les opérations et la lenteur des mouvements? La concentration des six premiers corps d'armée avait demandé un temps assez long, en pleine paix, à AOO kilomètres en anîère du théâtre des opérations militaires; on peut juger par là des difficultés que rencontrèrent plus tard l'organisation de guen'e et la mise en route de renforts dont on avait espéré pouvoir se passer.
On se croyait assuré de vaincre sans effort, de terminer promptement la campagne à la prussienne, et de célébrer, dans la mosquée de Sainte-Sophie, vers le 15 juillet, la fameuse messe grecque, objet éternel des ambitions moscovites. L'empereur lui-même ne s'était-il pas longtemps bercé de l'espoir que la mise sur pied de guerre de son armée, l'attitude menaçante des principautés danubiennes, et l'abandon dans lequel les puissances laissaient la Turquie, amèneraient le gouvernement de la Sublime Porte à céder sans combattre, à se faire le vassal de l'empire russe? Le général Ignatieff, et bon nombre de chefs militaires, n'étaient pas éloignés de partager les croyances optimistes des officiei-s de leur entourage. La guerre du Danube ne devait être, à les croire, qu'une démonstration vigoureuse suivie d'une promenade militaire. « L'empereur, disaient naïvement les soldats, a donné les ordres nécessaires pour que la guerre ne se prolonge
pas au delà de six semaines. » L'administration russe, de son côté, s'était beaucoup plus occupée d'organiser à TaTance le gouvernement civil de la Bulgarie que d'en assurer la conquête, en fournissant à l'armée ce qu'il lifl fallait pour vaincre. Au moment opportun, quand les hostilités eurent éclaté, les moyens d'attaque firent subitement défaut, et l'adversaire refrouva une partie des chances de succès que son apathie traditionnelle lui avait fait perdre.
Les premières difficultés furent surmontées avec promptitude et décision. De forts détachements de cavalerie, lancés à toute vitesse sur les étroites chaussées de la Bessarabie moldave, atteignirent la rive du Danube le jour même de la déclaration de guerre, et s'emparèrent le lendemain du pont de Barboche sur le Sereth. L'infanterie du xt* corps suivait à marches forcées. Elle s'installait du 20 au 28 avril, le long du Danube, à Reni, au-dessous du confluent du Pruth ; à Galatz, extrémité orientale des chemins de fer roumains ; à Barboche, confluent du Sereth et point de jonction des chemins de fer conduisant en Moldavie et en Valachie; enfin, à Braïla, pointe de l'île immense formée par les deux bras du fleuve connus sous les noms d'ancien et de nouveau Danube.
Le temps n'était pas favorable. Des pluies torrentielles défonçaient les routes, grossissaient les eaux du Danube, du Pruth, du Sereth et de leurs affluents, élevaient le niveau des lacs d'eau douce et des mare-