CHAPITRE IV
cages dont le sol de cette sauvage contrée est couvert, coupaient les voies d'accès au fleuve et noyaient la voie du chemin de fer roumain. Un vent glacé arrivant en droite ligne des steppes russes encore couvertes de neige renversait parfois dans la boue les hommes et les chevauxi Des régiments d'infanterie, suipris par l'inondation, se virent contraints d'interrompre leur marche et de rester en place de longues heures, les soldats ayant de l'eau jusqu'à la ceinture, de peur de perdre la chaussée et de tomber soit à droite, soit à gauche, dans les marais. Ces levées de terre, hautes de quelques pieds, sillonnent en droite ligne, à perte de vue, un sol mouvant qui disparait sous l'eau pendant une partie de l'année. Elles courent, au milieu des lacs, à la surface desquels émergent à peine, au printemps, quelques îlots de vase, rendez-vous ordinaire des oiseaux aquatiques de grande taille, aux longues ailes, au vol lourd, (jui remplissent l'air de leurs cris monotones.
L'occupation de Barboche et des ponts construits sur le Sereth avait une importance militaire tout exceptionnelle . Le Sereth, l'ancien Tiaranius^ sépare, dans la partie inférieure de son cours, la Moldavie de la Valachie. Il se jette dans le Danube à quelques kilomètres en amont de Galatz, après avoir recueilli de nombreux affluents, parmi les'^uels la Moldava, la Bistritza, la Putna, le Rymnik et le Buzéo. Il est très large à son confluent et assez profond dans la saison des pluies pour
permettre aux monitors turcs d'y pénétrer. Les ponts du Sereth, seules communications ferrées et terrestres entre les deux rives, dans le bassin inférieur de la rivière, ne sont situés qu*c\ A kilomètres du Danube. Les monitors turcs, en observation dans ces parages, épargnèrent les ponts du Sereth, dont la destruction très-facile eût pour longtemps entravé les mouvements de l'armée d'invasion, comme ils avaient épargné les colonnes russes en marche, le long du fleuve, engagées entre le lac Bratis et le Danube, à portée des embarcations de l'ennemi, sans retraite ni défilement possible.
Il est supposable que les commandants des monitors turcs avaient reçu l'ordre de ne pas prendre l'initiative des hostilités et de respecter le territoire roumain. Le jour même de la déclaration de guerre, les Turcs pouvaient incendier les villes de la rive roumaine placées toutes sous le feu de leurs forteresses ou de la flottille ottomane. En restant sur la défensive, la Sublime Porte espérait, non point se concilier les sympathies des Roumains, mais les amener, bien que leur hostilité fût évidente, à garder une neutralité relative.
La rupture des ponts du Sereth et l'occupation du confluent des deux fleuves par la flottille turque, en coupant les communications de la basse Moldavie avec la Valachie et la voie des chemins de fer roumains, au point d'intersection des lignes d'Iassy et de Bucharest,