‹ La guerre sur le DanubeChapitre 26 sur 232 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pouvait entraver, dès leur début, les opérations de l'armée du Danube. Les Russes le comprirent et se hâtèrent, dès qu'ils eurent pris possession de Barboche, d'établir des batteries sur l'emplacement de l'ancienne forteresse romaine de Diniguthia^ afin de commander le confluent en cas de retour offensif et d'assurer la marche des troupes sur Braïla et les positions en amont de cette ville. Le camp de Trajan était encore admirablement dessiné sur un plateau d'une assez grande élévation dominant la station du chemin de fer. Les Russes n'eurent qu'à placer leurs canons sur ces monceaux de terre, accumulés il y a deux mille ans, pour protéger l'embouchure du Seréth et veiller sur les rives de l'immense lac de Bratis. Les Roumains accourus pour assister à l'arrivée des détachements, les voyageurs égarés dans ces parages, les pauvres habitants de la contrée considéraient avec les marques de la plus vive émotion cette première entreprise des Russes. Rien, en effet, de plus pittoresque et de plus mouvementé. Sur les bords du fleuve, des soldats aux grands yeux bleus, aux longs cheveux jaunes, puisaient de l'eau. Le long des coteaux abrupts, des chevaux de Cosaques paissaient en pleine liberté ou retournaient au galop vers leurs campements. Dans la gare de Barboche, au pied de ces hauteurs, des wagons chargés de pièces d'artillerie s'accumulaient.

La 32© division , général Aller , vint camper sur un immense plateau, au sud de Braïla et près d'une

colonne massive surmontée d'une large croix russe, monument funèbre élevé sur la tombe des soldats mosco\îtes tués en 1828. Cette colonne marque l'une des étapes les plus sanglantes de la conquête russe. Elle repose, au milieu d'un jardin pieusement entretenu, sur un piédestal de granit aux quatre angles duquel sont fixés de grands aigles de bronze aux ailes déployées et que soutiennent d'énormes pièces de siège prises aux Turcs au siège de Braïla. Parmi les inscriptions en langue russe de ce monument, on lit : « Armée russe, 6 juin 1828. — Traité d'Andrinople , 2 septembre 1829. » D'autres colonnes devaient un jour s'élever sur de nouvelles tombes.

Les troupes russes une fois installées sur la rive gauche du Danube, de Braïla à l'embouchure, s'occupèrent de mettre le fleuve en état de blocus, d'en fermer rentrée aux renforts que la Turquie pouvait être tentée d'envoyer à sa flottille, et de commander la côte de la Dobroutcha. On construisit à cet effet des épaulements de distance en distance, sur tous les points favorables à l'établissement de batteries de siège ou de campagne. Il est à remarquer que, dans le bas Danube, il existe quelques escarpements sur la rive gauche, tandis que, dans le cours moyen du fleuve, depuis Kalafat jusqu'à Braïla, la rive droite domine constamment la côte roumaine à des hauteure qui varient de 20 à 80 mètres. On arma provisoirement les ouvrages que les ingénieurs russes organisèrent en moins de

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