‹ La guerre sur le DanubeChapitre 27 sur 232 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

trois jours, avec des pièces de faible calibre, Farlillerie de position ne pouvant encore circuler sur un terrain aussi (létrempé. Ces précautions étaient d'autant plus urgentes que les monitors turcs montaient et descendaient incessamment le fleuve d'Ismaïl à Reni. D'autres embarcations blindées venaient de s'établir à quelques centaines de mètres du quai de Braïla et du camp russe, au confluent formé par la jonction du vieux et du nouveau Danube.

Ce fut à Reni, Galatz, Braïla, Barboche, que les troupes russes se trouvèrent pour la première fois en contact réel avec les populations roumaines. On les accueillit avec une certaine bienveillance mélangée de crainte, mais sans aucun enthousiasme. Une indifférence tout orientale, jointe à une passivité absolue chez les campagnards et parmi les ouvriers des villes, un scepticisme politique s' étalant naïvement jusque dans les conceptions les plus antinationales chez les fils de la bourgeoisie cosmopolite, épaves de notre quartier latin, sont comme les deux faces du caractère roumain. Les administrations locales s'étaient mises, sur des ordres venus de Bucharest, à la disposition de l'autorité russe et fournissaient à l'armée les transports et les rations dont elle avait besoin, en échange de bons, remboursables à la paix, par la trésorerie moscovite. Les officiers payaient, argent comptant, tout ce qu'ils consommaient. Le gouvernement russe, afin de ne pas faire subir à son papier une trop forte dépré-

dation, soldait les troupes en monnaies d'argent. On avait vidé, pour subvenir à ces besoins immédiats, un trésor de guerre accumulé de longue date. En effet, les roubles émis pour le service de l'armée étaient neufs, quoique portant des millésimes anciens de dix années.

Les habitants des villes regardaient avec une curiosité mélangée d'effroi cet incessant défilé de cavaliers juchés sur de hautes selles, porteurs de lances d'mne longueur inusitée, cinglant d'un fouet court, à large lanière, les flancs de leure bêtes fatiguées et amaigries ; de fantassins souillés par la boue des chaussées; de chariots bas et recouverts de cuir, conduits à trois chevaux de front par des moujiks aux pommettes saillantes, à la barbe inculte, aux yeux bridés, aux cheveux roux; d'ofliciers articulant leurs rauques commandements et prompts à châtier à poings fermés les retardataires; de juifs aux houppelandes graisseuses, aux boucles tressées tombant des deux côtés du visage, à la voix traînante, au regard humble : véritable nation en marche.

L'aspect des premières divisions russes, dans cette saison pluvieuse, au milieu de ces fanges, était loin d'être brillant. Tous ces régiments avaient quitté les garnisons de l'intérieur à la fin de l'automne. Cantonnées ou campées pendant un rude hiver, sur la frontière moldave, elles avaient beaucoup souffert du froid et de l'humidité et semblaient plus fatiguées de cette première campagne que disposées à en entreprendre une nou-

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