‹ La guerre sur le DanubeChapitre 28 sur 232 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

velle. Les hommes affaiblis par les privations, usés par les rigueurs de la saison et les longues marches, avaient besoin d'un mois de repos, sous le chaud soleil de mai. Leurs vêtements, quoique passés de couleur et souillés, étaient encore en assez bon état, mais l'armement laissait beaucoup à désirer. Il était visible pour les attachés militaires, les officiers étrangers, les correspondants de tous les journaux du monde venus à Galatz afin d'assister à l'ouverture des hostilités, que rien ne serait entrepris avant une assez longue période de calme et de réorganisation.

Les soldats russes sont bien vêtus. Ils portent en hiver, par-dessus leur tunique, une longue capote grise garnie sur les épaules de pattes rouges sur lesquelles est inscrit le numéro de la division à laquelle ils appartiennent. Cette patte est brodée d'or ou d'argent pour les officiers suivant l'arme, et divisée par des ganses de diversefs couleurs qui permettent aux initiés de dire à première vue quels grades ils occupent, quelles fonctions ils exercent et de quel bataillon ou escadron ils font partie. L'infanterie et la cavalerie sont chaussées, l'une comme l'autre, de grandes bottes montant jusqu'au genou et dont les tiges très souples, se plissant dans la marche, peuvent être serrées au-dessus du mollet par une étroite courroie à boucle formant jarretière. Le pantalon de drap, avec passe-poil en hiver et de coutil en été, est rentré dans la botte. Le défilé d'un régiment d'infanterie russe est peu sédui-

sant. Les fantassins n'ont ni la raideur automatique des Allemands ni l'allure dégagée des Français. À la parade, ils se rapprochent des premiers ; en marche, ils exagèrent le laisser aller des seconds. Ils exécutent avec précision les commandements sous l'œil du chef, mais redeviennent un simple troupeau d'hommes dès qu'on les abandonne â eux-mêmes. L'unité militaire n'existe pas en Russie. Certains régiments sont composés de très-beaux honimes assez semblables aux Poméraniens, d'autres de soldats au type asiatique, à la^peau jaune, aux gestes saccadés. Rien d'original, en revanche, comme le défilé au pas, à l'entrée d'une ville, d'un régiment de cavalerie. Chaque escadron est précédé d'un peloton de choristes chantant les airs les plus étranges et les plus sauvages du monde, et n'ayant pour accompagnement que des triangles, des grelots, des tambours de basque et des sifflets.

Le soldat russe est un nomade qui abandonne sans regret le sol de sa patrie. C'est un chercheur inconscient de nouveaux rivages, un illuminé ivre d'alcool et de sauvage poésie, avide de soleil. Passez le long d'un camp russe et écoulez. Que les chevaux des Cosaques s'enfuient effrayés devant une tourmente de neige ou que les buffles gémissent de douleur sous les ardeurs des vents du sud, que le canon gronde au loin ou que tout soit tranquille dans la plaine, vous entendrez ces hommes chanter sur un ton monotone et lent les mélopées de leur pays. A la fin de chaque couplet.

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