‹ La guerre sur le DanubeChapitre 29 sur 232 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

quelques notes suraiguës s'échappent comme un refrain de la bouche du chef des choristes. On dirait un pantique de première communion terminé par un hennissement de cheval de guerre. Telle est la nature du Slave. Son caractère est plein d'antithèses et sa vie de contrastes ; curieux mélange de douceur enfantine et de sauvagerie native. Ces hommes venus des confins de TAsie ont un vague reflet de ciel orageux dans les yeux, des traits d'une exquise finesse sous un front de barbare, la peau blanche sous un hâle égyptien, et des cheveux teintés d'or, mais plantés comme des lianes au bord d'un précipice. La sobriété du Slave est proverbiale, son ivresse est terrible. C'est un félin amolli, souple, domestiqué, mais sujet à des réveils sauvages; sa colère éclate en plein calme, sans prodromes, colère étrange traversée de sinistres lueurs. Les soldats sont courageux et durs à la souffrance. Leur moral est excellent. Tels ils étaient au début de la campagne, tels ils restèrent dans les boues de la Dobroutcha ou les neiges du Balkan et, sous le canon des T.urcs, à Plevna.

Les forces russes ne furent pas plutôt installées sur les points stratégiques de la rive gauche du bas Danube que la crue des cours d'eau s'accentua encore. L'état-major luttait d'un autre côté, avec la lenteur du transit sur le chemin de fer roumain. Il reconnut l'impossibilité de mouvoir l'artillerie et les transports sur un pareil terrain et se borna, pendant que les

troupes continuaient leur mouvement d'occupation de la Roumanie, à hâter la mise en état de défense du bas Danube. Quand les commandants des monitors turcs établis, depuis l'arrivée des Russes à Braïla, derrière la pointe de l'île séparant les deux bras du fleuve, aperçurent le génie russe travailler à la construction d'un gros ouvrage, dans le but évident de les parquer, en ces parages, ils essayèrent de pénétrer dans le bras principal, en passant à portée des pièces russes. Celles-ci ouvrirent le feu sur l'un des monitors. Le premier coup de canon de la guerre du Danube était tiré.

Cet engagement sans importance n'eut d'autre effet que de semer la terreur parmi les habitants de Brçiïla et de fournir au gouvernement roumain un prétexte attendu. Il constitue ce que M. Rossetti a appelé le bombardement sauvage d'une ville ouverte et le massacre de populations inoffensives. Désormais, quand les Russes établiront des batteries sur la rive du fleuve, quand les Roumains eux-mêmes construiront des ouvrages à Oltenitza, à Islas, à Kalafat, si les Turcs ont l'audace de s'y opposer par la force et de renvoyer à l'ennemi ses boulets, M. Cogolniceano signalera aux cabinets européens, dans de longs mémorandums, la barbarie de la puissance suzeraine, cherchant ainsi à donner le change sur les motifs qui entraînèrent peu après le gouvernement princier à s'armer de toutes pièces et à prendre fait et cause pour la Russie, dans

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