‹ La guerre sur le DanubeChapitre 4 sur 232 · CHAPITRE PREMIER. il · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. il

moscovite prépara son terrain à loisir. Pendant qu'à Constantinople un ambassadeur d'une incontestable habileté flattait les uns, endormait les autres, se faisait redouter de tous, des émissaires panslavistes parcouraient la Bulgarie et la Bosnie ou s'installaient à Belgrade et à Cettinié. A dater de la signature du protocole de Londres, le 13 mare 1871, qui modifiait le traité de Paris, dans le sens des propositions russes, l'intrigue orientale entra dans sa phase active.

La détestable administration de la Porte, ses embarras financiers, les souffrances des populations chrétiennes écrasées d'impôts , les tragédies dont Constantinople fut plus tard le théâtre, donnaient de fortes chances à la Russie de réussir dans son entreprise. Elle reprenait avec quelque apparence de raison et de l'aveu de l'Europe le rôle qu'elle s'est si souvent attribué : de protectrice des populations chrétiennes d'Orient.

Dès les premiers jours de juin 1875, une insurrection éclata en Herzégovine dans la vallée de la Narenta. Le mouvement, peu important au début, devait bientôt s'étendre à la Bosnie. La Serbie et le Montenegi'o faisaient des préparatifs de guerre. On constatait peu après, en Bulgarie, la présence d'un grand nombre d'agitateurs et des tentatives de soulèvement. L'Europe, surpiîse en pleine paix par ces événements, étonnée de rencontrer un semblant d'accord entre les différentes races chrétiennes contre le gouvernement de la Sublime

Porte, s'émut outre mesure de prises d'armes dont l'agence slave de Raguse exagérait à dessein l'importance. Les puissances occidentales gagnées momentanément à la politique du cabinet de Saint-Pétersbourg par son habile initiative pour le maintien de la paix entre la France et l'Allemagne, ne comprirent pas oti ne voulurent pas comprendre que les agents du czar soulevaient une fois de plus les Bosniaques et les Herzégoviniens contre les begs musulmans, en exploitant la question agraire, excitaient les ambitions du Monténégro, laissaient entrevoir aux hommes d'État serbes la reconstitution du grand État slave de l'empereur Douchan, et pétrissaient comme une pâte molle, au gré de leurs fantaisies, la race bulgare. Cette politique latente devait successivement entraîner une recrudescence du mouvement insurrectionnel en Bosnie et en Herzégovine, les soulèvements et les massacres de Bulgarie, les événements de Constantinople , les guerres de Serbie et du Monténégro. Nous n'avons pas à expUquer ici comment la diplomatie russe sut tirer parti de la sauvage répression exercée par les Turcs en Bulgarie. La presse française et le parti Gladstone en Angleterre se laissèrent grossièrement tromper. On passa sous silence les premiers excès commis par les Bulgares, et on décupla le nombre des victimes en acceptant pour authentiques les rappoits communiqués officieusement à Constantinople, aux correspondants des feuilles européennes , par l'ambassade russe. Sans entrer dans le

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