‹ La guerre sur le DanubeChapitre 36 sur 232 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

marchés? On a de tout temps parlé de la vénalité des agents russes, à tous les degrés de T échelle hiérarchique, et de la promptitude sui'prenante avec laquelle, pour peu qu'on leur laisse la bride sur le cou, ils font en quelques mois suer une fortune aux charges dont ils sont revêtus. Cette coiTuption a atteint pendant la guen*e de 1877 des proportions inimaginables.

Si la Russie a dépensé, comme nous sommes disposé à le croire, un peu plus de trois milliards de francs dans le cours de Tannée 1877, elle aurait pu produire un effet identique avec un capital moitié moins considérable.

On s'aperçut, peu de temps après l'arrivée de l'armée en Roumanie, que les officiers, depuis le plus élevé en grade jusqu'au lieutenant, sont incapables d'acheter un objet quelconque ou de traiter une affaire sans l'intermédiaire obligé d'un courtier de race juive. Dix mille de ces industriels suivaient l'armée. Un officier avait-il besoin d'une paire de bottes, il envoyait son courtier traiter avec le coixionnier. C'est un rouage obligé. Un pareil usage n'étonnait pas les Roumains, habitués euxmêmes à rencontrer chez l'israélite un agent dont leur paresse se trouve on ne peut mieux ; mais l'étranger comprenait qu'à ce métier, les officiers supérieurs russes, devenus des satrapes, avaient complètement désappris ce que des administrateurs militaires doivent, avant tout, savoir.

Ce ne serait rien encore si l'armée russe n'était

gangrenée par cette plaie immonde : la vénalité des officiers comptables. Tant de scandales sont devenus publics à Bucharest, les noms d'un si grand nombre de généraux et de colonels ont été prononcés, tant de commerçants se sont plaints au chancelier de l'empire, qu'il est permis de traiter une question dont les citoyens russes eux-mêmes se préoccupent à bon droit. Le gouvernement russe a payé pendant la guen'e trois, quatre et cinq fois leur valeur les marchandises dont il avait besoin. Les officiers qui signaient un marché se faisaient remettre comptant et d'avance le quart, la moitié, quelquefois les trois quarts de la somme totale que les caisses de l'État devaient solder plus tard aux fournisseurs.

Un fonctionnaire du génie commande à un Français, possesseur de forêts en Valachie, des bois et des madriers pour une somme de A00,000 francs. Après accord verbal, les deux cotraitants courent les forêts, marquent les arbres destinés à Tabatage et. reviennent à Bucharest. Le lendemain de son arrivée, notre compatriote apprend de son compagnon que le contrat a été signé avec un autre, moyennant 600,000 francs. Il se récrie : « Vous m'avez trompé I II y avait engagement verbal ! Vous n'avez plus le droit de ne pas prendre mon bois !» — « Que vous importe ? répond le Russe ; mon fouiiiisseur vous prendra votre bois à AOO,rO0 francs et vous n'y perdrez rien. » Pour une commande de biscuit, très importante, du reste, un

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