CHAPITRE PREMIER
détail des faits militaires dont la Bosnie, T Herzégovine, la Bulgarie, les frontières du Monténégro et de la Serbie, furent le théâtre, depuis le début de insurrection dans Tété de 1875, jusqu'à la cessation des hostilités entre la Serbie et la Turquie, à l'entrée de l'hiver de 1876, nous devons constater que la Porte avait réussi à comprimer le mouvement insurrectionnel bulgare de mai 1876, dans les Balkans, près d'Eski-Zagra, et de Tatar-Basardjïk; guerre intérieure dont les épisodes sont peu connus, mais qui fut longtemps soutenue par plus de 20,000 Bulgares en armes, à circonscrire dans de très étroites limites les insurgés d'Herzégovine et de Bosnie, incapables désormais de continuer même une guerre de partisans et à mettre la Serbie et le Monténégro dans une position des plus critiques.
La Roumanie seule, parmi les États tributaires, n'avait pas pris fait et cause pour les chrétiens de la rive droite du Danube, mais elle sut profiter des embarras de la Porte pour exposer ses doléances, formuler ses réclamations au sujet des îles du fleuve et de la bouche de Soulina et nouer avec la Russie des relations plus étroites. Elle augmentait en même temps son état militaire, donnait asile sur son tenîtoire aux principaux agents du soulèvement bulgare et laissait voyager en armes, sur ses chemins de fer, les volontaires russes qui se rendaient à l'armée de la Morava commandée par le général Tchemaieff.
En effet, quelques milliers de Russes sous la conduite d'officiers munis de congés réguliers, soldés par les comités de Moscou, avaient quitté la Russie, du consentement des autorités, pour se joindre aux bataillons serbes et prendre part aux combats livi'és par le général panslaviste autour d'Alexinatz et de Deligrad. Dans un pays comme la Russie, les grands courants d'opinion ne se déterminent par la voie de la presse que de l'aveu du gouvernement, mais une fois déterminés, ils se répandent avec une énergie et une impétuosité que l'absence des libertés les plus nécessaires suffit à expliquer. Les endiguer est difficile, et si le czar ne se résout pas à prononcer le quos ego qui desséchera pour longtemps le ton'ent, s'il ne lui paraît pas. politique de trancher d'un seul coup la question qu'il a fait naître, il se voit condamné à devenir l'agent de la force nouvellement créée. En laissant la presse surexciter, dès le début des événements d'Herzégovine, le sentiment profondément religieux des masses, réveiller les vieilles haines contre l'ennemi traditionnel et prêcher une sorte de croisade du nord contre le midi, de la croix grecque contre le Croissant, le czar espérait provoquer une si redoutable manifestation que la Turquie, travaillée par ses dissensions intérieures, affaiblie par les prises d'armes de ses tributaires, ruinée financièrement, s'humilierait et consentirait à signer un acte d'alliance forcée. Le traité de Paris se trouverait ainsi virtuellement abrogé, et l'appui de l'Allemagne per-