CHAPITRE VI
nube sont dui^ pour les bêtes, cruels, impitoyables. Ils les surmènent, quittes à abandonner leurs cadavres le long des chemins quand, poussives, elles ne peuvent plus avancer. Ces carcasses empoisonnent Tair en tout temps. Les chiens sauvages et les corbeaux fouillent leurs entrailles à coups de dents ou de bec, sans s'effrayer du passage des voyageurs.
L'armée russe se disloqua de la gauche à la droite par les routes d'Ackerman à Kilia et à Ismaïl, de Kubeï à Bolgrad et Reni, de Komrat à Galatz par Caboul, de Bestamak à Léova, Houchi et Vaslouî, de Scouleni à lassy. Les corps suivirent, précédés de la cavalerie, pour opérer leurs mouvements de l'est à l'ouest et du nord au sud, indépendamment de la voie des chemins de fer roumains, la grande route de lassy à Bucharest passant par Docolitna , Bahlui , Tecoutch , Focchani , Bouzéo ; de Bucharest à Slatina par Pitesti ; de Slatina à Turnu-Magurelli ; de Bucharest à Zimnitza par Draganesti et Alexandria ; de Bucharest à Giurgewo par Comana et Fratesti ; de Bucharest à Oltenitza et de Bucharest à Galarach. Des magasins généraux avaient été établis, par marchés passés avec des fournisseurs, à Kicheneff, à Galatz, à Bucharest et à Slatina. Un grand parc d'artillerie et la réserve générale des services de santé accumulaient leur matériel à Fratesti, près de Giurgev^ro.
L'armée avait supporté les fatigues extrêmes du printemps ; mais les fièvres danubiennes, si cruelles
g2 LA GUERRE SUR LE DANUBE.
({uand elles sont mal soignées, commençaient à la décimer avec les premières chaleurs. Si les décès étaient relativement peu fréquents, les ambulances regorgeaient de malades et les effectifs se fondaient.
Au moment où le grand-duc Nicolas lançait ses derniers ordres, les troupes avaient pris leurs positions définitives par les routes dont on vient de lire l'aride nomenclature. Il convient maintenant de parcourir de la droite à la gauche, d'un coup d'œil rapide, toute la ligne de bataille, en comprenant l'armée roumaine, dont les divisions venaient également d'arriver à leur poste. Une interruption de quatre jours sur le chemin de fer et les routes principales, survenue du 19 au 23 mai, à la suite d'inondations extraordinaires, dans une saison aussi avancée, s'était traduite par un retard de douze à quinze joui-s dans les opérations. Les mouvements de l'armée princière avaient été forcément interrompus, l'Olto ayant enlevé près de Slatina le pont du chemin de fer.
En inspectant le front d'attaque de l'armée russoroumaine, dans son immense développement depuis Kalafat jusqu'à l'embouchure du Danube, nous nous rendrons également compte de la force défensive de la première ligne des Turcs.
Kalafat, concentration roumaine de flanc , est une ville de 3,000 habitants, située sur le Danube, un peu au-dessus de la citadelle turque de Widdin installée sur la rive droite. Elle est reliée, par une excellente