CHAPITRE VI
pourvue d'un ouvrage en terre. Trois camps, l'un au nord, l'autre au sud, le troisième à l'ouest de Widdin, comprenaient, à la date du 20 juin , une armée turque de 20,000 hommes, garnison non comprise. A Kalafat, le général Lupu croyait immobiliser un corps plus nombreux ; mais Osman pacha, qui avait concentré au début de la guerre 90 bataillons, 16 escadrons et 30 batteries à Widdin et dans les petites places avoisinantes, avait, depuis le commencement de juin, disloqué son armée, sur les routes de la Bulgarie occidentale, dans le secret le plus absolu.
La citadelle turque n'est guère qu'à une journée de marche de la frontière serbe et à 70 kilomètres environ de Zaïtschar, que l'armée commandée par le général Letchanine avait été forcée d'évacuer, quelques mois plus tôt, devant l'attaque dirigée, de Veliki-Isvor, par Osman pacha.
Au début de la campagne, le bruit avait couru que le général ottoman passerait le fleuve à Widdin et s'emparerait de Kalafat. Un simple coup de main pouvait alors lui livrer cette importante position et changer peutêtre les dispositions politiques de la principauté. A la fin de l'année 1853, Orner pacha n'avait pas manqué, pendant qu'il attirait en personne l'attention de Gortschakoff sur Oltenitza, de faire passer le Danube à une partie de ses forces, sous le commandement d'Ismaïl pacha, de Widdin à Kalafat. L'opération avait été fatale aux Russes, qui, dans la seule bataille de Getate, à quinze kilomètres
de la ville roumaine, avaient perdu peu après 5,000 hommes.
Si le commandant en chef de T armée de Widdin» dont on ne saurait mettre en doute le coup d'oeil militaire et les aptitudes stratégiques, n'a pas enfoncé, à l'avance, ce coin dans le flanc droit de l'armée d'occupation, c'est que la Turquie se berçait, même après la déclaration de guerre, de l'espoir que les Roumains ne prendraient pas les armes.
Souvenons-nous, pour l'intelligence des récits qui vont suivre, que Plevna, nœud des chemins de Routschouth à Sophia et du Danube aux Balkans est à 160 kilomètres à vol d'oiseau de Widdin.
Une bonne route suit en Turquie la rive droite du fleuve et permet aux villes construites sur le bord du Danube de communiquer entre elles assez rapidement» La rive roumaine, au contraire, est extrêmement plate,, marécageuse, difficile à côtoyer. On ne rencontre le long du fleuve que des lacs ou bal tas, et des marais formés par le trop-plein des eaux. Us rendent impossible l'accès du rivage, pendant une grande partie de l'année, et engendrent des fièvres dangereuses.
A partir de Guperceni, au sud de Kalafat, la rive bulgare domine la rive roumaine. La nature du sol rend diflicile le passage du Danube, sur un point garni de bas-fonds, situé quelques lieues au-dessous de Kalafat, entre Desa et Acer-Palanka. De mauvais chemins relient Poïana, où se trouvait la réserve du