CHAPITRE VI
envahissante, peut-être aussi le secret désir de voir les Russes s'engager dans cette entreprise; en tout cas, une inexacte appréciation des forces massées par l'adversaire entre rembouchure de la Vède et le grand lac de Suhoia, avaient fait négliger la défense de la route de Tirnova. Le rivage était gardé par les Turcs au-dessous de Sistova, non contre une opération d'ensemble, mais seulement contre une surprise ayant pour but une incursion ou une simple reconnaissance.
Le xm^ coi'ps, général Hahn, faisait suite au iv* corps, d'Alexandria à Giurgewo, avec détachements le long de la Vède jusqu'à Brigadir et Petrosani. Les routes reliant en plaine la ville d'Alexandria : i** à Siaka, Flamunda et Tumu-Ma^urelli par Piatra*; 2° à Zimnitza ; 3° à la même ville par les deux rives de la Vède ; et, les chemins se détachant de la route Bucharest- Giurgewo pour courir vers Zimnitza, permettaient aux troupes ipassées à Comana ou à Fratesti, stations du chemin de fer, d'entrer très rapidement en ligne sur leur droite et de renforcer en une ou deux étapes au plus les troupes occupant déjà Zimnitza ou Turnu- Magurelli. Près de Giurgewo, tête du chemin de TÉtat se bifurquant non loin de Bucharest avec la grande ligne roumaine, ville importante construite en terrain plat et placée sous le canon de Routschouk, l'ar-r tillerie de siège avait établi les puissantes batteries de Slobozia. Ce point, situé à six kilomètres au sudouest de Giurgewo, à hauteur de Routschouk, est le
sommet d'une faible dépression de terrain qui domine la grande ile de Ramadan , séparée par un bras très étroit du territoire valaque. Les soldats russes n'avaient eu pour installer leurs batteries qu'à remettre en état les travaux de leurs devanciers des anciennes guerres. C'est en effet dans l'île de Ramadan et à Slobozia que se livra, en juillet 1854, la sanglante bataille à la suite de laquelle le prince Gortschakoff dut se mettre en retraite pendant qu'Omer pacha marchait victorieusement sur Bucharest. Au commencement de juin 1877, les Russes, au nombre de 12,000, campaient en arrière de la hauteur de Slobozia, sur un teiTain boisé que traversent les chemins de Petrosani et de Brigadir. Le gros des forces russes, les états-majors, le parc d'artillerie, un grand magasin d'approvisionnements, le dépôt général des projectiles, les ambulances principales, étaient installés sur les hauteui's de Fratesti à Baniasa, à une douzaine de kilomètres du Danube, appuyés, en même temps, sur deux stations de chemin de fer et sur la route de Bucharest.
Indépendamment de l'ouvrage principal de Slobozia,. une autre batterie était masquée à l'est de la place, au fond de la baie de Smirda. Le long du fleuve, derrière l'île de Giurgewo, une chaussée large de sept à huit mètres couronne une digue destinée à protéger la partie la plus basse de la ville contre les inondations du printemps. Les Russes, mettant à profit cette dépression de terrain, s'en servaient comme d'un épaule-