‹ La guerre sur le DanubeChapitre 60 sur 232 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

L'inactivité apparente, on pourrait dire le silence des Turcs, ne laissait pas que d'inspirer quelques inquiétudes. Si l'attaque de l'ennemi, dans de semblables circonstances, est une preuve de sa force, elle fournit aussi de précieuses indications sur ses projets. Ces indications faisaient défaut. Les Turcs pouvaient, au début de la guerre, détruire les ponts du Sereth, conquérir Galarach, Oltenitza, Giurgewo, Tumu-Magurelli, Kalafat, sous le canon des places de Silistrie, Turtukaï, Routschouk, Nicopoli et Widdin, y construire des ouvrages, et même jeter un corps d'armée dans la Petite-Valachie. Plus tard, quand les Russes eurent occupé la rive du fleuve, les principes de la défense active prescrivaient aux généraux ottomans d'empêcher l'ennemi, par tous les moyens possibles, de prendre pied et de se fortifier.

Abd-ul-Kérim, n'ayant en main que des forces insuffisantes pour garder avec fruit une aussi longue ligne que celle du Danube, s'était prononcé pour la défense passive. Il se traçait une frontière idéale, dont la garde assurait de solides concentrations sur des positions presque inexpugnables. Cette frontière, partant de Kustendjé, sur la mer Noire, suivait : 1° le rempart de Trajan, à la base de la presqu'île de la Dobroutcha, en partant de Kustendjé ; 2*^ le Danube, de Cernavoda à Silistrie; 3° la face nord du quadrilatère, formée par le fleuve, de Silistrie à Routschouk; 4° la face ouest du quadrilatère, de Routschouk à Choumla, par

Rasgrad; 5<» les Balkans. Sur les deux cents kilomètres de cette ligne, de la mer Noire à Routschouk, au nord, et sur les cent kilomètres de Routschouk à Choumla, à l'ouest, on pouvait se défendre, appuyé sur des forteresses, et se concentrer facilement, grâce aux chemins de fer de Routschouk à Choumla et à Varna, d'Andrinople à Jamboli, de Gernavoda à Kuslendjé; à la voie de mer Constantinople-Vama; aux routes des Balkans en communication avec le chemin de fer Andrinople-Philippopoli-Bazardzik. La chaîne des montagnes, jusqu'aux limites du sandjak de Sophia, était également une excellente ligne de défense.

On laissait ainsi deux cent quatre-vingts kilomètres non gardés, de Routschouk à Widdin, ou du moins occupés par de faibles détachements. Les routes des Balkans, par Sistova, Tirnova et Gabrova; Nicopoli, Plevna et Lovca ; Lom-Palanca, Kutlovica et Berkovica ; et celle par Widdin, Nich et Sophia, tournant les Balkans, pouvaient devenir les unes ou les autres, ou toutes à la fois, les routes de l'invasion. C'est pour obvier à un mouvement de la droite russe sur Sophia, après un passage du fleuveprèsde Widdin, que l'armée d'Osman pacha avait été formée et renforcée. Elle était suffisante pour s'opposer à tout passage dans un rayon assez étendu. Si les Russes essayaient de franchir le fleuve, comme ils semblaient en avoir l'intention, entre l'Olto et la Vède, ou plus près de Giurgewo et de Routschouk, leur réussite ne les conduirait à rien : ils devraient

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