CHAPITRE VII
ennemi, et à perdre un très grand nombre d'hommes par le typhus et les fièvres paludéennes. Il est à remaiquer qu'au cas d'une marche sur Varna, la flotte turque, loin d'être annihilée, eût été appelée à jouer un rôle considérable.
Le grand-duc Nicolas s'était arrêté promptement à l'idée de tourner le quadrilatère par son aile gauche, après avoir exécuté à grand bruit un passage du fleuve à Braïla, sur l'extrême droite de l'armée ottomane. On se flattait ainsi, non point de détourner l'attention des défenseurs de la ligne du moyen Danube, car les préparatifs pour un passage entre l'Olto et la Vède étaient déjà trop apparents, mais de faire croire à la marche en avant de deux armées, l'une ayant pour objectif Varna, l'autre les Balkans. L'ennemi diviserait peut-être ses ressources, et enverrait contre le général Zimmermann, dans la Dobroutcha, une véritable armée, pendant que la droite russe n'aurait à combattre que des forces considérablement réduites. La possession de la Dobroutcha serait, en tout cas, d'une grande utilité. Elle assurerait à l'armée ses communications par le Danube et le rivage de la mer Noire, et permettrait à la batellerie russe de circuler librement depuis Cernavoda jusqu'à l'embouchure du Danube.
L'opération principale, soigneusement préparée par la concentration, dans les ports de l'Olto, notamment à Slatina, d'un grand nombre de barques, de radeaux de madriers, de chevalets, et par le rassemblement, à
i3i LA GUERRE SUR LE DANUBE.
quelque distance du fleuve, des corps désirés pour le passage, s'effectuerait entre les embouchures de rOlto et de la Vède, distantes Tune de l'autre d'environ soixante kilomètres. Les deux points où le Danube était franchissable se trouvaient en communication assez facile avec les lieux de rassemblement, en arrière de la ligne de bataille, et se reliaient entre eux par une route contournant les marais de la rive et le lac de Suhoia. Ce chemin, assez mouvementé, longe la chaîne des grands tumulus. Il passe, en partant de Tumu- Magurelli, par Flamunda, Siaka, Lissa, Piatra, Visora, Suhoia et Fintmelli, pauvres villages valaques dont les habitants n'ont d'autre industrie que l'élève des troupeaux, pour aboutir, soixante-deux kilomètres plus loin, àZimnitza. Si Tuniu-Magurelli est en relation facile avec Slatina, Ruse-de-Vède et Alexandria, la ville de Zimnitza est le point de rencontre de toutes les routes qui, du nord-ouest, du nord et du nord-est, descendent vere le Danube, notamment de celles venant de Giurgewo, de Fratesti , de Baniasa , d'Alexandria. L'opération, suivant les plans de l'état-major, se scinderait en deux actions : Tune fictive et à grands fracas, destinée à attirer l'attention de l'ennemi et à tromper l'armée russe elle-même ; l'autre soigneusement dissimulée, et seule réelle. Le secret devait être rigoureusement observé, même vis-à-vis des généraux en sous ordre et des attachés militaires étrangers. Nous verrons qu'on a pu croire un instant que l'armée russe, repoussée à