CHAPITRE VII
Flamuûda, n'avait franchi le fleuve que par hasard à Zimnitza.
Le plan de passage une fois arrêté, les précautions nécessaires avaient été prises sans précipitation, avec une parfaite entente des faits. La concentration de l'armée d'invasion s'était opérée dans d'excellentes conditions. En revanche, on ne semblait pas se faire une idée exacte, dans l'état-major russe, des difficultés qu'on allait rencontrer au delà du Danube. L'hypothèse adïpise était la suivante : On aurait à refouler pour prendre pied sur la rive bulgare trois ou quatre mille hommes le matin, sept ou huit mille le soir. Le surlendemain on devrait livrer bataille à des troupes venues de Routschouk et de Rasgrad. Si l'ennemi était dispersé, deux corps d'armée essayeraient d'enlever Routschouk avec le concours des batteries de Slobozia et masqueraient, en tout cas, la forteresse turque pendant qu'à droite un corps d'armée s'emparerait de Nicopoli et qu'au centre, les forces disponibles, assurées sur leurs flancs, s'avanceraient vers les Balkans précédées, à grandes distances, de corps volants de cavalerie et d'infanterie. On était résolu à ne pas s'attarder dans la guerre des sièges et, puisqu'on n'avait pas abordé de face le quadrilatère, à bénéficier de la situation excentrique qu'on se créait, en s'attaquant le plus vite possible à la seconde ligne de défense des Turcs. Avec deux corps d'armée en équen'e face à la ligne Routschouk-Rasgrad, il serait toujours temps pour le centre
lié LA GUERRE SUR LE DANUBE.
de changer de front vers Test si dans sa marche vers les Balkans, il était menacé par un corps ottoman venant de Choumla. Dans ce cas, la droite, maîtresse de Nicopoli qui ne pouvait faire une longue résistance, atteindrait à son tour par Plevna et Lovca la ligne des Balkans, éclairerait les routes de Widdin et de Sophia et garderait ses communications avec les nouveaux corps appelés de la Roumanie, appuyés sur le pont de Sistova et désormais libres de se porter en avant.
Si l'ennemi, consentant à livrer bataille à la suite d'une concentration rapide entre les Balkans et le Danube ou même sur la ligne du Lom, face ouest du quadrilatère, se faisait battre, suivant les prévisions de r état-major russe, le plan mûri à Ploiesti et poursuivi après le passage du fleuve avait de fortes chances de réussite, mais isi, comme l'expérience Ta prouvé, les généraux turcs, sans se laisser entamer, s'établissaient sur les flancs de l'armée envahissante, la victoire, c'est-àr-dire l'enlèvement et l'occupation de la ligne de défense des Turcs formée par les Balkans, devenait très problématique. On se trouvait ainsi involontairement ramené à la guerre des sièges après une série de tentatives avortées et le moral atteint par un premier ' échec.
La comparaison raisonnée des deux plans primitifs d'Abd-ul-Kérim et du grand-duc Nicolas est tout à l'avantage du premier, La conception en était meilleure ; mais l'état-major russe a su profiter des erreurs et des