CHAPITRE VII
lenteurs d'exécution. Le plan turc avait été dressé de manière à utiliser l'armée de Suleiman dès qu'elle aurait eu raison du Monténégro. Cette armée n'avait accompli qu'en partie cette tâche quand les Russes franchirent le Danube. Si cependant l'ordre transmis le 9 juillet à Suleiman de venir défendre les Balkans, quand déjà les Russes occupaient Timova, lui avait été adressé le 27 ou le 28 juin, après le passage des Russes à Sistova, l'armée du Monténégro, forte de près de 50,000 hommes par l'adjonction du corps de Réouf pacha en formation au sud des Balkans, aurait occupé les passes de la chaîne le 12 ou le 13 juillet. Le gênérai Gourko à la tête de son coi'ps volant n'a débouché du défilé presque impraticable d'Haïnkieui que le là et le 15, et la passe de Chipka n'a été attaquée au nord par le général Derojinsky et au sud par le général Gourko que les 17 et 18 juillet. La garnison turque n'a même rendu ses ouvrages que le 19.
L'ordre donné par Abd-ul-Kérim à une date que nous ne saurions préciser a passé par le conseil de guerre de Gonstantinople. Suleiman, parti de Spuz et de Podgoritza, au sud du Monténégro, le 11 juillet avec 49 bataillons, manœuvrait, dès le 26, aux environs de Karabunar. Il est douteux que jamais rapidité de mouvements plus grande ait été obtenue.
Une transmission plus rapide des ordres d' Abd-ul- Kérim, une résistance plus énergique des détachements des Balkans eussent permis aux Turcs, malgré la
louable activité de Gourko, de rester maîtres, de la ligne des montagnes. Le plan dont nous avons esquissé les contours aurait reçu sa complète exécution. L'armée russe se serait vue contrainte de combattre trois armées : la première sur le flanc du quadrilatère, la seconde adossée aux Balkans, la troisième sur la ligne Plevna-Lovca. Ces armées eussent communiqué entre elles et pratiqué tout à leur aise la guerre de positions dans laquelle les Turcs ont une supériorité si marquée sur leurs adversaires.
Il est juste d'ajouter que Tétat-major russe devait faire preuve d'autant de promptitude dans l'exécution que ses adversaires montreraient de lenteur. L'initiative hardie de certains chefs, notamment du général Gourko, compensa souvent les fautes stratégiques du commandement.
L'état-major russe ignorait qu'une concentration importante eût été opérée à Widdin sous Osman pacha. Ce général, le vainqueur des Serbes en 1876, avait réussi par un bon échelonnement de ses forces à dérober ses mouvements au général roumain Lupu chargé de l'observer à Kalafat. Il s'était borné à échanger quelques projectiles avec les batteries de la rive gauche et n'avait jamais montré depuis le mois de mai plus d'une quinzaine de mille hommes. Le rassemblement fort nombreux, opéré à la fin d'avril sous Widdin, passait pour s'être désagrégé au profit de l'armée du quadiilatère. On verra cependant que les Turcs n'ont pas im-