CHAPITRE VIII
kilomètres du coude du Danube, une certaine élévation, s'étendent des plaines marécageuses coupées de lacs^et recouvertes de véritables forêts de roseaux. Les boues stagnantes y répandent des exhalaisons pestilentielles. L'armée russe commandée par le général Luders y perdit 10,000 hommes en quinze jours au mois de marsl85â.
C'est pourtant sur ce terrain, rendu plus difficile encore à la suite des crues exceptionnelles du printemps de 1877, que les Russes du xiv* corps, solidement installés sur la ligne Braïla, Galatz, Reni, et commandant par leur artillerie la rive droite du fleuve, reçurent l'ordre d'aborder et de planter le drapeau moscovite. La tâche imposée au général Zimmermann, qui ne disposait que de huit régiments d'infanterie, de quatre régiments de cosaques du Don et de trois brigades d'artillerie montée, présentait de sérieuses difficultés. De Braïla, de Galatz, de Reni, il pouvait se considérer comme maître de la rive droite dans un rayon assez étendu , gi'âce à ses puissantes batteries de position, mais cette rive n'était qu'un vaste banc de vase, semé d'immenses flaques d'eaux croupissantes dont les Turcs ne songeaient pas à lui disputer la possession. Les yeux des vedettes se fatiguaient à sonder cette plaine à demi liquide sans jamais y constater un mouvement. Les premières dépressions du sol étaient hors de portée de la grosse artillerie ; elles s'étageaient promptement pour former les hauteurs sur le versant desquelles sont bâtis, près du coude
du vieux Danube, la ville de Matchin et, plus au nord vers le lac de Garvan, le village de Cécile ou Zizila. Dn chemin, à mi-côte, relie ces deux points, contourne ensuite le lac de Garvan à l'extrémité duquel le sol s'aplatit et redevient marécageux, à six kilomètres environ de Galatz. Une chaussée conduit de Matchin au fleuve en longeant à courte distance le bras du vieux Danube ; elle s'arrête au village de Ghecet, en face de Braïla. Ce point avait été abandonné par ses habitants depuis l'arrivée des Russes et l'échec des monitors précédemment postés au confluent même des deux bras.
Les Turcs occupaient Matchin au nombre de deux mille et gardaient la ligne des hauteurs entre cette ville et le lac de Garvan. Le point saillant de la position était formé par la colline de Boudjak.
De nombreuses reconnaissances avaient été faites sur la rive droite par des éclaireurs partis en barque de Galatz et de Braïla, Ceux-ci avaient constaté que le ten-ain était praticable pour des soldats, sur les chaussées autres que celle de Ghecet à Matchin, avec de la vase jusqu'au mollet, et que, sur cei1;ains points, on traversait la plaine, dont le sous-sol est calcaire, avec de l'eau jusqu'au-dessus du genou. En admettant qu'on pût aborder en nombre et par surprise un point quelconque de la ligne des collines, à une certaine distance à l'est de Matchin, l'opération' devait fatalement réussii\ L'important était de ne pas tenter ostensiblement, avec de pareilles difficultés de terrain, une opération de vive