‹ La guerre sur le DanubeChapitre 67 sur 232 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

force sur la place turque. Une retraite deviendrait facilement un désastre. Le général Zimmermann sut on ne peut mieux faire la part des circonstances et prépara son expédition dans le secret le plus absolu.

Le génie s'était occupé de réunir les matériaux nécessaires pour rétablissement d'un pont, dès le lendemain de l'occupation de Braïla par les Russes. L'entreprise était difficile, si difficile qu'on dut l'interrompre plusieurs fois, à la suite de crues subites du fleuve et d'inondations de ses rives. Les travaux prirent enfin tournure au commencement de juin et furent poussés avec activité, sur les ordres du quartier général. L'ouvrage destiné à relier les deux rives, de Braïla à Ghecet, était à peu près terminé le 20 juin. Large de quatre mètres, il était fait de pontons sur le fleuve et de chevalets sur la rive. Bien que ces chevalets eussent été poussés très loin dans le marécage, le débouché était ncore dans l'eau. Il ne fallait pas songer à utiliser le pont avant que le génie eût rendu praticable à l'aide de fascines les quelques cents mètres de la route de Ghecet à Matchin couverts par l'inondation. Les Turcs, bien qu'ils eussent observé les travaux préliminaires des Russes, ne croyaientdoncpasàuneagressionimmédiate. Le commandant de Matchin avait cependant demandé des renforts.

Le 19 juin, Zimmermann fit débarquer au-dessous de Braïla et en face de Galatz un certain nombre de soldats; le 20, d'autres détachements abordèrent près

de Ghecet. Cachés par les roseaux, les hommes explorèrent la rive, dans la direction des hauteurs, ayant souvent de Teau jusqu'à la ceinture. Le 21, dans la nuit, une petite flottille de chaloupes à vapeur remorquant des pontons quitta la rive roumaine et aborda la côte turque à portée des hauteurs de Boudjak. Pendant que les Turcs exerçaient leur surveillance sur la chaussée de Matchin à peu près impraticable et sur le pont inachevé, le général Zimmermann, brusquant les choses, débarquait une assez forte colonne sur le point que ses éclaireurs lui avaient signalé comme le plus propice à une marche en avant vers les collines. La petite expédition était composée de dix compagnies d'infanterie appartenant à la 18* division et placées sous les ordres du général Zoukow. Quelques pièces de faible calibre devaient être placées sur des claies et traînées jusqu'à destination par les éclaireurs cosaques. A l'aube du 22 juin, les soldats, après avoir passé presque toute la nuit dans les roseaux, abordèrent un terrain sinon sec, du moins plus facile, et attaquèrent les Turcs postés à Boudjak avec deux pièces de canon. Un combat assez vif, qui ne coûta qu'une perte de 180 hommes, dont 6 officiers, aux Russes, détermina la prise de la position turque. Le général Zimmermann avait envoyé le jour même sur la chaussée de Matchin une troupe d'éclaireurs qui ne put avancer qu'en ayant de l'eau jusqu'à la ceinture. Il apprit bientôt que le général Zoukow était maître des hauteurs. Les Turcs com-

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