‹ La guerre sur le DanubeChapitre 68 sur 232 · CHAPITRE VIII. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. i

mençaient à évacuer Matchin. Le commandant en chef, à la tête de troupes qui remontèrent, à Taide d'une nouvelle flottille, le bras du vieux Danube, n'eut pas de peine à occuper la petite place turque dans les murs de laquelle il fut solennellement reçu par le clergé grec et la population bulgare. Les Turcs, au nombre de 2,000, s'étaient retirés par la route de Greci. Les garnisons d'Isatchka et de Toultcha, concentrées d'abord à Babadagh, battirent en retraite avant la fin du mois, pour s'arrêter sur la ligne Cernavoda, Medjidié, Kustendjé, à la hauteur du rempart de Trojan. La gueiTe de 1877 commençait exactement comme celle qui aboutit au traité de Paris, et les Turcs employaient la même tactique. A six heures du matin, le 23 mars 1854, les Russes du général prince GortschakolT jetèrent, en effet, leurs ponts au-dessous de Braïla, vis-à-vis du village de Ghecet. Ils éprouvèrent des pertes sensibles par le feu des tirailleurs turcs. Le lendemain, quand ils songèrent à attaquer Matchin, . avec des forces imposantes, une députation de Bulgares vint leur annoncer que les Turcs étaient partis dans la nuit pour aller se concentrer au sud de la presqu'île.

Il n'avait jamais été dans l'intention des Turcs de s'opposer à un passage des Russes de la Bessarabie dans la Dobroutcha. Les quelques bataillons disséminés dans la province par Ali pacha avaient pour unique mission de l'occuper jusqu'au bout et de garder le plus

longtemps possible la rive du fleuve depuis Geraavoda jusqu'à son embouchure. Attaqués par des forces supérieures, ils devaient se replier sur les positions choisies par le général en chef et prolongeant, à l'aide du rempart de Trojan, la face nord du quadrilatère. La prise de possession de la Dobroutcha se poursuivit sans relâche à la fin de juin et au commencement de juillet. Elle assura à l'armée russe la libre circulation de ses transports par eau sur le bas Danube et permit d'établir, depuis la frontière de la Bessarabie russe jusqu'à Kustendjé, d'excellentes lignes de communication, suffisantes pour une grande année, si l' étatmajor se décidait un jour à choisir Varna et Pravadi pour objectifs d'une nouvelle entreprise.

On pourra toutefois se demander, étant donné le résultat de la campagne, si le double avantage d'avoir un instant détourné l'attention de l'ennemi et conquis le bas Danube pouvait entrer en balance avec l'immobilisation, dans un pays insalubre, d'une armée dont l'effectif devait être prochainement porté à 50,000 . hommes. On avait conçu le projet de lancer au delà des Balkans une force considérable après avoir masqué la gauche du quadrilatère, et de mener rondement la campagne. Était-il prudent de séparer ainsi» dès le principe, l'armée en deux tronçons, imparfaitement relies par une ligne de communications de plus de 400 kilomètres? L'un de ces tronçons ne serait-il pas trop faible pour rien entreprendre, et l'autre trop

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