‹ La guerre sur le DanubeChapitre 69 sur 232 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

réduit pour briser du premier coup tous les obstacles? C'est ainsi qu'apparaît une première fois cette tendance fatale de F état-major russe à morceler les effectifs, à éparpiller les ressources, à lancer les tronçons de la grande armée dans une série d'actions isolées. Il semble que le général en chef ait essayé de fuir toute responsabilité générale et redouté de manier de grandes masses. Les mêmes défauts se répercuteront du sommet à la base quand on passera de la stratégie à la tactique. L'initiative individuelle trop développée chez les commandants de régiment et de brigade ne le sera pas assez chez les divisionnaires, à part quelques brillantes exceptions, et surtout chez les chefs de corps d'armée. Les grandes batailles se définiront : un ensemble de combats trop indépendants les uns des autres et sans liens rationnels. Le système allemand largement employé ne donnera que des résultats inférieurs. La volonté dirigeante manquera. L'émulation entre les commandants des unités sera trop grande dans le sens de Tégoïsme individuel et pas assez dans celui de l'intérêt commun. Les ambitions particulières se manifestent-elles jamais autrement sous un régime autocratique?

L'empereur fit le voyage de Galatz pour y visiter les blessés des derniers combats et, sans doute aussi, dans le but d'accentuer encore la diversion de Braïla pendant que l'état-major général préparait le grand passage de l'aile droite. On a vu que l'armée d'invasion

était concentrée dans les vallées de TOlto et de laVède, à Slalina, à Ruse-de-Vède, à Alexandria, à Beïa, et que son gros matériel s'entassait aux abords des gares de Baniasa et de Fratesli, sur la ligne de Bucharest à Giurgewo; de Pitesti et de Slatina, sur la grande ligne roumaine. Les coips placés à une ou deux journées de marche du fleuve étaient éclairés par leur cavalerie, aidée de faibles détachements d'infanterie, d'artillerie et du génie. Des chaloupes porte-torpilles, mises à l'eau près de Parapan, à seize kilomètres de Giurgewo, établirent dès le 20 juin, sous le feu des Turcs, une ligne de ces engins destructeurs pour barrer le fleuve. La même opération était pratiquée peu de temps après à Gorabia, vingt-quatre kilomètres au-dessus de l'embouchure de l'Olto. On se mettait ainsi à l'abri d'une attaque des monitors turcs ou des embarcations blindées que l'ennemi pouvait faire sortir tout à coup des ports de Widdin ou de Routschouk. Quant aux monitors de Nicopoli, ils étaient déjà hors de semce. Le rassemblement à l'embouchure de l'Olto et dans l'anse de Flamunda d'un grand nombre de barques, de pontons et de chaloupes à vapeur, les puissantes batteries construites à Flamunda près de Tuniu et à Islas, le groupement primitif des forces et les ordres donnés jusqu'à la date du 24 juin laissaient supposer que le passage serait tenté au-dessous de Flamunda pendant que l'artillerie écraserait de projectiles Nicopoli, ses défenses de l'est et les accidents de terrain

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