CHAPITRE VIII
• dut, sur un contre-ordre, rallier à son tour le vni« corps par Piatra, et céder ses postes à la 9« division de cavalerie (Lascharew) du ix« corps. C'était encore un détachement de 2,700 cavaliers avec 12 pièces. On trouve donc à Taile gauche, après la dernière dislocation, une concentration préparée et agissante de 3A,025 fantassins, 5,350 cavaliers et 136 canons.
Au moment même où Tordre était donné à la division Swiatopolsk-Mirski de s'arrêter à Piatra, nœud du mouvement général d'arrière en avant, et de droite à gauche, le xiii* corps (Hahn), posté à Alexandria, devait quitter cette ville et marcher à son tour sur Piatra. Ce second groupe, en réserve de l'aile gauche, ne comprenait pas moins de 31,000 hommes, 2,700 chevaux et 108 pièces de canon.
La concentration ayant d'abord été préparée sur la droite, dans l'hypothèse d'un passage à Flamunda, la 31® division d'infanterie (Veliaminof) du ix« corps, et la Q*' division de cavalerie (Lascharew) avaient précédemment reçu l'ordre de se porter de Slatina sur Segarcia, dans la vallée de l'Olto, à seize kilomètres au nord-ouest de Flamunda. Par la même raison, le XII* corps (Wainowski), la 5* division (Schildner- Schuldner) du ix® corps et la légion bulgare, allaient marcher sur Salcia, à vingt-deux kilomètres au nord de Turnu-Magurelli. Les contre-ordres de la dernière heure portèrent le ix* corps entier sur la ligne Siaka- Flamunda, comme diversion au passage choisi, tandis
que le xir corps et la légion bulgare marchaient sur Broska, à cinq kilomètres de Piatra, se rapprochant à leur tour de Zimnitza. Ce troisième groupe comptait 34,000 fantassins, 3,000 cavaHers et 112 canons. Le IX*' corps (Krudener), resté seul à Taile gauche, et destiné à rallier le gros de l'armée le dernier, par la route de Piatra, formait un quatrième groupe, fort de 30,500 fantassins, 2,600 cavaliers et 108 pièces. L'artillerie des positions de droite n'est .pas comprise dans ces chiffres.
L'armée d'invasion de la Bulgarie, qui allait être peu après renforcée par l'entrée en campagne de nouveaux corps, était composée, au moment du passage, en comprenant un certain nombre de bataillons et d'escadrons non endi visionnés , de 132,000 fantassins, 15,000 cavaliers et 470 pièces de campagne.
Dans la soirée du 26 juin, dès que la nuit fut venue, le général Dragomiroff s'occupa d'organiser le passage. Zimnitza est un bourg romain de quelque importance, traversé par de grandes voies, dont la plus large est le prolongement de la grande route d'Alexandria. Elle aboutit à une berge à pentes raides qui descend jusqu'au petit bras du Danube, large au plus d'une vingtaine de mètres. L'île formée par ce bras est reliée, par un pont fixe de bois, à la terre ferme. 11 a fallu le remplacer par quelques pontons, les grandes eaux de mai l'ayant enlevé. Entre l'île et la rive turque, le grand bras n'a pas moins de huit cent
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cinquante mètres dans sa moindre largeur. Le pont du petit bras ne sert qu'aux pâtres qui mènent paître, en été, leurs troupeaux dans Tîle. Dès que le fleuve s'est retiré, après les inondations du printemps, la terre s'y solidifie sous le chaud soleil de juin, et se couvre de superbes prairies. A l'endroit désigné pour le passage, ce terrain est large de trois bons kilomètres. D'ordinaire, quand on veut passer le fleuve en barque, il n'est pas nécessaire de traverser l'île. On fait prix, à Zimnitza même, avec de robustes Bulgares, écumeurs de fleuve, hâlés comme des marins grecs, le torse et les jambes nus, qui conduisent Jeurs passagers au quai de Sistova dans de grandes barques à fond plat, dont la proue est gracieusement recourbée comme le cou d'un cygne noir. Ils contournent la pointe de l'île en remontant le petit bras, et se laissent ensuite descendre vers la ville turque. Le cap formé par la séparation des deux bras est couvert de saules, à l'abri desquels on échappe aux vues de Sistova.
De la berge de Zimnitza, le coup d'œil est saisissant. Au bord de l'èau, une étroite pelouse; puis le bras du fleuve et l'île boisée à droite, entièrement plate à gauche ; plus loin encore le Danube, large comme un bras de mer, et miroitant au soleil. Au delà, une haute chaîne de collines ferme l'horizon sur la rive bulgare; ses flancs verdoyants s'élèvent en pente douce, coupés par deux ou trois ravins, du fond desquels s'élancent des minarets. Au milieu du feuillage scintillent quelques
Ml LA GUERRE SUR LE DANUBE.
terrasses éclatantes : c'est Sistova, sur les vieilles murailles de laquelle flottera bientôt le drapeau russe aux trois couleurs. A gauche, le terrain s'abaisse près du fleuve, les collines s'éloignent; c'est le point choisi pour le débarquement, à trois kilomètres en aval du port de Sistova.
Dragomiroff, désormais maître de ses mouvements, plaça d'abord son artillerie, moins les pièces de montagne et une batterie, en amont et en aval du point de passage, le long du rivage de la grande île, pour commander le fleuve et la rive turque. En même temps, le général de Richter surveillait la mise à flot des pontons. On opérait dans le plus grand silence ; mais la mise à l'eau d'un grand nombre de barques, les chocs qui se produisent en pareil cas, l'installation de canons et de caissons, les commandements obligés, le charroyage des matériaux, risquaient fort d'éveiller l'attention des sentinelles ennemies. On s'attendait à chaque instant à être entendu et deviné. L'émotion était grande parmi les chefs. Si le service d'avant-postes se faisait bien de l'autre côté, si quelque ronde d'officiers ottomans s'an'êtait un instant sur la rive, ne percevraitelle pas ces mouvements dans la nuit, cette vague rumeur qui s'élève de bataillons en marche, et le roulement lointain des chariots? tout à l'heure surtout, quand, au signal donné, l'infanterie de la 14* division traversera pesamment l'île pour venir s'embarquer? Rien ne fut entendu. Une pluie fine commençait à