CHAPITRE IX
cécl€3 d'une grande cour et entouré de grilles, Tautorité uni li taire avait établi sa résidence. C'est là qu'arrivaient les cosaques porteurs d'ordres et qu'on conduisait sous escorte les quelques bachi-bouzouks que les éclaireurs venaient d'enlever. Ils avaient tous été pris les armes à. la. main. Les types étaient vulgaires, mais énergiques. Les généraux les interrogeaient par interprètes. Ils pouvaient se convaincre de la haine profonde des musubuans pour les envahisseurs. « Qui es-tu? ^^iiiandait un colonel à un de ces prisonniei'S, solide S^illard, coiffé d'un turban multicolore. — Ennemi des Moscovites, répondait-il avec arrogance. »
L'empereur Alexandre qui venait de passer en revue
les troupes victorieuses sur leurs emplacements, d'em-
"^'B.sser publiquement les généraux, de distribuer des
récompenses et de visiter les blessés, lança de Sistova
^^ proclamation aux Bulgares. Ce document, rédigé
^Vec une certaine habileté, rappelait que les troupes
russes n'allaient combattre que pour l'amélioration
^^ sort des habitants chrétiens de la péninsule des
"^Ikans. Le but de la Russie était d'édifier et non pas
^^ détruire; elle était appelée par les décrets de la
"rovidence à pacifier et à concilier toutes les races et
^^Us les cultes dans toutes les parties de la Bulgarie
^U vivaient des habitants d'origine et de croyances
diverses. Le souverain parlait, en termes pompeux,
^es services rendus par ses aïeux aux Serbes et aux
^^Utnains, et disait avoir confié à son armée la mission
15i LA GUERRE SUR LE DANUBE.
d'assurer les droits sacrés de la nationalité bulgare. Il avait soin, toutefois, de bien marquer que la Bulgarie ne devrait son émancipation qu'aux armes moscovites.- (( Ces droits, se hâtait-il d'ajouter, vous ne les avez pas acquis par la force et la résistance armées. » ,
Souligner ainsi cet état de choses en consei-vant à l'élément russe sa suprématie, dans la révolution qui devait faire de la Bulgarie un état autonome, était inutile. Le prince Tcherkaski, chargé de l'organisation des seiTices administratifs de la nouvelle principauté, n'avait pas eu de peine à reconnaître, dès le début de l'occupation, que la race bulgare n'était mûre ni pour la liberté, ni même pour une existence propre. Ce haut fonctionnaire se heurtait tous les jours à des impossibilités telles, que l'autorité militaire dut le plus souvent se résoudre à garder les pleins pouvoirs après une série d'essais absolument infructueux. L'idée chrétienne existait chez les Bulgares et les poussait vers les Slaves, mais l'idée nationale était loin d'avoir pris un corps. Les jeunes Bulgares restaient chez eux. Ils se gardaient d'accourir sous la belle bannière brodée donnée par l'empereur à la légion peu nombreuse formée à Ploiesti. La population agricole purement passive ne refusait rien aux troupes russes, mais les accueillait sans enthousiasme. Sur certains points, frappée de terreur, elle s'enfuyait avec les musulmans ou seiTait l'autorité ottomane par des indications précieuses sur les mouvements de l'ennemi. Dans les