CHAPITRE IX
laissent souvent détourner, de la mission prescrite, par leur ardeur au maraudage.
Nous savons que Sistova est à cinquante-six kilomètres de Routschouk et à quarante kilomètres de Nicopoli. Les deux routes qui conduisent à ces places avaient été explorées, ainsi que celles qui mènent dans Tintérieur, vere les Balkans, à Tirnova et à Selvi. A vingtquatre kilomètres au sud de Sistova, sur la route de Tirnova, on rencontre le nœud des chemins de Routschouk par Biehi, et de Sophia par Plevna. Le but de Tétat-major devait être de s'emparer tout d'abord de ce point stratégique et du principal passage de la Janlra, situé à Biela. Cette rivière, dont les cosaques avaient remonté la rive gauche dès le 29 juin, se jette dans le Danube à quinze kilomètres au-dessous de Sistova. Sur la droite, les deux routes de Mcopoli avaient été solidement occupées jusqu'à leur pomt de jonction, pendant que des éclaireurs atteignaient Causmahala, sur la route de Plevna, dans la vallée de l'Osma, h plus de trente kilomètres de Sistova.
Si l'armée russe avait surmonté le premier obstacle avec un bonheur inespéré, il s'en fallait que l'étatmajor eût trouvé jusque-là les indications nécessaires pour s'aiTêter logiquement à une ligne de conduite. On ne s'était trouvé en contact qu'avec une brigade turque, et le général ottoman semblait ne rien vouloir livrer au hasard. Les petits combats engagés par les ■ éclaireurs avaient prouvé que l'ennemi s'attachait à
retarder la marche des Russes par des résistances partielles, à le fatiguer, à Taffamer en faisant attaquer ses convois par des irréguliere, et à lui infliger des pertes sensibles sans jamais exposer la ligne de retraite des petits corps engagés. Le passage du Danube par les Russes ne paraissait pas l'avoir ému outre mesure. N'était-on pas en droit de supposer que l'occasion de livrer une grande bataille entre le Danube et les Balkans, ou sur le flanc gauche du quadrilatère, ne se rencontrerait pas? Fallait-il, en conséquence, marcher vers les Balkans en couvrant ses ailes, en masquant les places fortes, en assurant ses derrières par de fortes réserves? N'était-il pas préférable, suivant les vrais principes militaires, d'élargir dès le début sa base d'opérations, et de s'emparer de Routschouk et de Nicopoli avant de marcher vers l'intérieur? On dut se convaincre que l'armée russe, affaiblie par la présence du XIV" coi'ps dans la Dobroutcha et les nombreux détachements nécessaires à la surveillance, en Roumanie, de la rive gauche du Danube, n'était pas assez nombreuse pour permettre de masquer les places et de marcher, à l'abri des corps placés sur les ailes, vers les Balkans. D'un autre côté, la guerre des sièges, avec un ennemi dont on connaissait de longue date l'énergie derrière des retranchements, menaçait de traîner en longueur, et permettait aux Turcs de préparer à loisir leur seconde ligne de défense.
Le grand-duc Nicolas choisit un moyen terme.