CHAPITRE X
incendiés. Les Bulgares restés chez eux portaient tous une large croix blanche sur leur bonnet de laine afin d'éviter les méprises. Ils sont vêtus à peu près comme
les Turcs et, dans les villes, portent souvent la calotte rouge. Le gros de la cavalerie était précédé, sur chacune des routes, par un escadron en avant duquel une demi-sotnia de cosaques courait à grande distance. Les chasseurs suivaient la cavalerie à quelques kilomètres en arrière. Les bataillons bulgares venaient ensuite.
Le 6, des reconnaissances offensives furent poussées jusqu'à la route de Seivi, par Jalar, Kastambol, Karabunar et Belakovca. Ce dernier point n'est plus qu'à neuf kilomètres de Tirnova. Le 7, le général Gourko, ayant constaté la présence et la force de l'ennemi, résolut dès le matin d'attaquer les Turcs, sans attendre son infanterie, dont les bataillons les plus rapprochés étaient encore à vingt kilomètres du point où sa cavalerie venait de prendre contact. En brusquant les choses, il ne laisserait pas au chef turc le temps de se reconnaître et d'appeler à lui les détachements de renfort probablement échelonnés sur la route d'Osman-Bazar, à portée de Tirnova. L'événement devait lui donner raison. L'ennemi ne montrait qu'un détachement d'environ 300 cavaliers. Le général Gourko fil mettre pied à terre à une partie de son monde et commencer le feu contre les Ottomans. Ceux-ci tournèrent presque aussitôt bride et rentrèrent dans Tirtiova.
Les Russes manœuvrèrent aloi*s pour aborder la ville par la grande route de Sistova. Le commandant turc ne disposait que de quatre bataillons de rédifs , trois escadrons de cavalerie et six pièces de montagne. La panique s'était mise dans cette petite garnison, à la suite des récits singulièrement amplifiés des in'éguliers poursuivis depuis deux jours par les colonnes russes. Il profita des quelques instants de répit que lui laissaient les manœuvres et les préparatifs d'attaque du général russe pour mettre ses troupes en retraite vers sa ligne de communication, en abandonnant la ville et en passant sur la rive droite de la Jantra. 11 y eut un simulacre de résistance des Turcs, en position de l'autre côté de la rivière, quand les Russes marchèrent sur Tirnova; mais ils n'attendirent pas l'attaque de ceux-ci et se retirèrent par la route d'Osman-Bazar poursuivis par un millier de coureurs. Ce fait d'armes n'avait coûté aux Russes que deux hommes et huit chevaux.
L'occupation de Tirnova avait une importance exceptionnelle par sa situation au croisement des routes conduisant, par plusieurs passes, au delà des Balkans. L'effet moral produit par la prise de cette ville de 30,000 âmes, chef-lieu d'un sandjak important, ancienne capitale de la Bulgarie, métropole religieuse de l'Église bulgare, fut immense. La population accueillit les troupes russes avec un enthousiasme extraordinaire, et les popes chantèrent dans toutes les églises