CHAPITRE X
trade du soin de les prévenir en cas d'alerte. Ceux-ci, peu soucieux de Tintérêt général, se tenaient à portée des lieux habités qu'ils rançonnaient et s'enfuyaient, dans toutes les directions, comme des volées de corbeaux, à l'approche des colonnes russes dont les cavaliers, mieux montés, les traquaient à grande distance. Le passage de Schipka pouvait être toumé par le chemin de Travna, assez facile à suivre; mais les reconnaissances de cosaques, envoyées dans cette direction, avaient rencontré des détachements ennemis. Il était, du reste, trop rapproché de Kasanlik, à son issue méridionale, pour ne pas être attentivement surveillé. Le général Gourko n'était pas non plus en position de songer au passage d'Elena à Tvardica, situé beaucoup plus à l'est. Il confinait aux concentrations turques d'Osman-Bazar et débouchait trop loin du col de Schipka dont on voulait s'emparer. C'est entre les deux défilés de Travna et d'Elena que le conimandant en chef, fort de l'approbation du grand-duc, s'était décidé à franchir la chaîne du Balkan, par un chemin abandonné depuis longtemps et connu des habitants du pays sous le nom d'Haïn-Boghaz ou çol du Traître. Des paysans bulgares certifiaient l'avoir parcouru avec des voitures pesamment chargées. Le général dirigea vers ce défilé, dès le 10 juillet, le détachement de pionniers à cheval du général Rauch. Il allait servir d'avant-garde à la petite armée et rendre le passage aussi praticable que possible. Le chemin dont il s'agit
se détache de la route d*Elena, à quelque distance de Tirnova, et se dirigeant presque en droite ligne vere le sud, dans une région de plus en plus sauvage et de moins en moins connue, traverse Aplakova, Voinis, Raikovici, Parovici et Drent, pauvres villages accrochés à la montagne et habités en grande partie par des pâtres. Il atteint le faîte de la chaîne, à 40 kilomètres au sud de Tirnova, après avoir franchi une série de gorges boisées complètement désertes, coupées de torrents desséchés, affluents, dans la saison des pluies, de la Rladenica. La descente dans la vallée de la Tundja est relativement courte, mais hérissée de difficultés sans nombre. Au fond des vallons profondément ravinés, la voie n'existe plus. Les arbres se rapprochant, elle devient un simple sentier fréquemment barré par des quartiers de roc. Du sommet du Balkan au débouché méridional situé à Haïnkieui, il n'y a guère que quatre lieues. Ce village n'est qu'à deux heures de marche de Tvardica, débouché de la passe d'Elena, et à trente-cinq kilomètres de Rasanlik.
Pendant que le général Rauch, avec ses pionniers à cheval, s'engageait dans les ravins dii versant septentrional, précédé de hardis éclaireurs ^ portant le costume des bergers bulgares, le détachement destiné à attaquer de front la position de Schipka, était placé sous les ordres du général Derojinsky. On l'avait com-